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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 14:08

Ne vous précipitez pas sur vos calculatrices si sur vos encyclopédies, 2013 sera l’année de Stefan Zweig mais pas à cause d'un quelconque anniversaire. Il est né en 1881 et mort en 1942.

Si nous avons cette obsession en toute circonstance de fêter les décades, les jubilés, les centenaires  d'un évènement,  cette fois-ci, le compte juste n’y est pas.

Alors pourquoi 2013 ?

 

En France, on met 70 années pour ressusciter un écrivain et pour exhumer ses œuvres. Autrement dit, la loi sur la propriété intellectuelle * nous offre un cadeau inestimable ; Stefan Zweig dans le domaine public.

Quelques « happy few » ont engrangé depuis presque un siècle de substantiels bénéfices avec Zweig, au premier rang desquels on retrouve l’incontournable éditeur historique ‘Fisher Verlag GMBH’ de Francfort en Allemagne.

Alors depuis un mois c’est la fête. Des contenus numériques  gratuits fleurissent un peu partout.

Et les éditeurs ‘papier’ ne sont pas en reste. On n’a jamais vu autant de rééditions, et les listes de livres ‘à paraître’, sous des formes plus ou moins originales, s’allongent de jour en jour. Il se murmure même que chez Gallimard, on prépare son entrée au panthéon des auteurs dans la prestigieuse édition « La Pléiade ».

 

Et c’est là que certaines dérivent peuvent intervenir car pour les éditeurs, la tentation de jouer sur l’effet nouveauté est grande. Le lecteur doit être mis en garde notamment sur les mentions « nouvelles traductions » entraînant parfois un changement de titre du roman et même de la confusion (c’est le cas de le dire).

Verwirrung traduit en Français donne « confusion », mais aujourd’hui, il donne « désarroi » ce qui n’est pas tout à fait la même chose puisqu’on rajoute une détresse morale au trouble des idées. Bon, je chipote un peu ! 

 la-confusion-copie-1.jpg

 

Cet exemple mis à part, quelles que soient les qualités et les compétences des nouveaux traducteurs, si la volonté de l’éditeur est d’adapter les livres aux critères d’aujourd’hui, il est facile de comprendre que l’ouvrage ne sera pas conçu comme les précédents avec une dimension intemporelle et universelle.

Stefan Zweig  s’était attaché les services du génial traducteur Alzir Hella, qui devint son agent littéraire et son ami. Dans leurs correspondances, on peut lire que Zweig qui parle un Français très correct, s’implique totalement dans la transcription, se soucie du détail, et on peut mesurer l’immense difficulté d’un traducteur de restituer au mieux l’esprit de l’écrivain tout en restant fidèle au récit.

Sans aucun doute, cette collaboration intime, (à laquelle à participé dans une moindre mesure Olivier Bournac), a largement contribué au phénoménal succès des livres de Zweig auprès des lecteurs francophones.  Performance soutenue par les nombreuses adaptations à l’écran et surtout au théâtre (un prochain article sur ce blog traitera de ce sujet).

 

Dominique Bona dans sa biographie sur Stefan Zweig résume parfaitement ce travail : « Alzir Hella a su rendre la fluidité des textes au point de faire oublier au lecteur Français qu’il ne lisait pas Zweig dans sa langue originale, l’Allemand ».

 

De fait, cette proximité avec l’auteur n’est plus possible aujourd’hui. Alors souhaitons que les traducteurs de talent comme Jean-Pierre Lefebvre (dont on ne peut pas résumer la brillante carrière littéraire à la simple traduction) pour Gallimard,  Pierre Deshusses pour Robert Laffont et Diane Meur pour Garnier-Flammarion, puissent s’inscrire dans une certaine continuité tout en apportant un nouveau souffle. Le défi est de taille !

 

 

* Code de la propriété intellectuelle – Article 123-1 et suivants :

La durée de la propriété intellectuelle des ayants droit d’un auteur de livres se calcule à partir de la fin de l’année civile de son décès. Elle est passée en France de 50 à 70 ans.

Les œuvres posthumes (il doit s’agir d’ouvrages complets inédits et pas simplement d’éditions enrichies), sont soumises à la même législation sauf si elles sont divulguées à l’issue de cette période, auquel cas, une période d'attente supplémentaire de 25 ans est accordée aux héritiers. 

C'est le texte original qui tombe dans le domaine public et non les traductions ou les annotations.

Enfin, pour les écrivains « morts pour la France, un temps légal de 25 années supplémentaires est rajouté portant le total à 95 années. Ainsi, l'œuvre d'Apollinaire, mort en 1918, tombe dans le domaine public en 2013.

 

Guy Gabriel Ouazana

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

renard 28/02/2013 15:29

Et voilà - pour changer - un contenu en ligne gratuit !
renardages.free.fr/lettreduneinconnue.html

Françoise 12/02/2013 05:02

Enfin de retour, contente de retrouver la saga de Zweig que si bien racontée!
Confusion, désarroi, concernant le thème de l'oeuvre, on peut éventuellement considérer l'hésitation entre ces deux termes comme un débat d'actualité...;)

wictoria 12/02/2013 01:19

merci pour cet article très instructif, l'occasion pour moi d'ajouter à ma liste des livres à lire en 2013, l'un des (rares) titres que je n'ai pas encore lu de lui :)