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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 22:06

 Je m’interroge sur l’utilité d’une postface intitulée ‘La fiole de Mr Zweig’  dans ‘Conscience contre Violence’. En effet, on peut lire sous la plume de Mr Sylvain Reiner :


« Ce livre élargie une plaie secrète de l’auteur. Il se refuse au combat…. ». 
 
« …..Zweig pouvait à se point se tromper sur Freud, c’est qu’il lui accordait un reflet caricatural de lui-même : sa propre pusillanimité concernant ses racines juives.»

« ……les Brésiliens l’ayant accueilli comme un chef d’Etat pour saluer en lui l’Européen sauvé des flammes, lui qui descend dans les eaux troubles de l’aliénation. C’est la cécité psychique. Il (Stefan Zweig) perd de vue les médicaments du courage.»

«il l’avait froidement trahie (son ex-épouse Friderike) avec la secrétaire qu’elle lui avait trouvée, Lotte, juive, allemande……… ».

« Il lui manquait la force spirituelle de ses aïeux, qu’il reniait par crainte d’incorrection envers l’image destinée aux autres », et S. Reiner, sûr de son analyse, conclut par cette phrase sentencieuse et lapidaire: «Ce qui a tué Stefan Zweig, c’est en fin de compte le syndrome d’indéfinition».   !!!!


Ainsi, Stefan Zweig aurait été tourmenté toute sa vie et se serait suicidé à cause de son incapacité à se déterminer face à ses relations, ses ouvrages et aux évènements de cette époque ? Et tout cela parce qu’il avait une relation ambiguë pour ne pas dire honte de ses origines ?

C’est inouï d’écrire ça et surtout de réduire sa souffrance à cette conclusion. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi tant de fausses accusations ? Quel est le but poursuivi ?


Reiner dit que Zweig refuse le combat et l’oppose au courage de Freud, âgé, presque au terme de sa vie, qui parlant du démon nazi écrit : «un démon scientifiquement saisissable……. ». Effectivement, d’après Mr Reiner, quand on a dit ça, on a tout dit. Encore faut-il s’appeler Freud pour en saisir le sens.


Reiner écrit que Zweig accorde à Freud un reflet caricatural de lui-même : sa propre pusillanimité concernant ses racines juives. Faut-il rappeler que Zweig n’a jamais pratiqué cette religion, qu’il s’est converti pour épouser Friderike. Qu’il se considérait avant tout comme un Européen, plus encore, un cosmopolite (dans son sens doctrinaire) et un humaniste. Et puis il y a eu ce rappel à l’ordre du 3ème reich « Si on naît juif, on meurt juif ». Subitement, on attend de Stefan Zweig qu’il s’investisse du devoir sacré de défendre la cause juive. Franchement, vu son parcours, était-il le mieux placé pour cela et aurait-il eu la crédibilité suffisante ?


Reiner écrit que Zweig a entraîné (presque forcé) Lotte dans ce suicide collectif. Alors pourquoi celle-ci a écrit une lettre d’adieu à sa belle-sœur pour expliquer cette  délivrance qu’elle attendait, elle qui était de santé délicate et toujours mélancolique.


Reiner écrit que Zweig a froidement trahi Friderike. Mais après l’autodafé de ses livres en 1933, la perquisition de sa maison à Salzbourg en 1934, l’interdiction qui lui est fait devenir en Autriche et le refus de Friderike de le suivre dans son errance, que fallait-il qu’il fasse ?


Comment Stefan Zweig, pouvait-il être autant en désaccord avec ce qu’il a écrit ? Ce qui induit le paradoxe suivant : Mr Reiner et d’autres disent à juste titre qu’il y a une partie de lui-même dans ses biographies, alors il faudrait savoir d'autant que Stefan Zweig la termine  par ces dernières phrases :


« 
C’est en vain que l’autorité pense avoir vaincu la pensée libre parce qu’elle l’a enchaînée. Avec chaque individu nouveau naît une conscience nouvelle, et il y en aura toujours une pour se souvenir de son devoir moral et reprendre la lutte en faveur des droits inaliénables de l’homme et de l’humanité ; il se trouvera toujours un Castellion pour s’insurger contre Calvin et pour défendre l’indépendance souveraine des opinions contre toutes les formes de violence ».     (Fin du livre).

Pensez-vous que ce soit un appel à baisser les bras et à la pusillanimité ? N’est-ce pas plutôt un encouragement, une invitation à se renforcer dans sa confiance. Que tôt ou tard la pensée libre triomphera ?
  


J’estime sincèrement que cette conclusion suffit pour le lecteur. Et pardon de dire à Mr Reiner que sa postface est totalement inutile et n’apporte rien sinon de l’incompréhension.

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

Irène 20/07/2009 19:20

Bonjour cher passionné, Je lis et m'intéresse à Sweig depuis de longues années et j'ai malheureusement pris l'habitude de ces polémiques stériles. Mais le génie de cet écrivain reste intact et unanimement reconnu. Mais vous avez raison, une petite piqûre de rappel est parfois nécessaire. Amicalement Irène.

Eden OUAZANA 20/07/2009 19:18

Je voulais te féliciter papa pour la pertinence et l'analyse de cet article qui démontre bien que malgré cette préface sûrement inutile, tu as bien montré qui était cet écrivain, et ce qu’il valait.
Avec tout mon amour... Ta fille Eden.

Anne Lelong-Trolliet 20/07/2009 19:13

La lecture de la postface de Mr Sylvain Reiner, nous confirme, qu’il vaut mieux être le nectar d’un seul individu, que d’être l’abreuvoir d’un troupeau d’inconnus qui vous baveront dessus tout en vous pillant.

Anne Lelong-Trolliet 20/07/2009 19:12

Mr Reiner nous dit : «…. Zweig pouvait à se point se tromper sur Freud, c’est qu’il lui accordait un reflet caricatural de lui-même… » : En tout cas, Mr Reiner, est le reflet caricatural du principe de projection mis à en place par Freud, car il est le reflet de la cécité psychique (et je rajoute émotionnelle) qu’il suppute à Stephan Zweig. Merci Gabriel !