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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 19:35

Friderike Maria von Winternitz  1 adressa sa toute première lettre à Stefan Zweig le 25 Juillet 1912. Elle signera d’un discret Maria W. poste restante… mais elle y mettra toutes les convenances de circonstances 2. En effet, elle était déjà mariée au Dr Felix Edler von Winterniz 3.

Il y était question « d’un charmant hasard » qui permit à F.M. de croiser S. Z. qu’elle avait déjà aperçu à l’occasion d’une soirée quelques années auparavant.

Dès sa seconde lettre, cinq jours plus tard, elle fait connaître son patronyme complet et sa condition de femme mariée. Très rapidement, leurs échanges se font plus tendres, ils se tutoient et le 6 Janvier 1913, F.M. signe « Ta Fri. Maria ». Elle parle souvent de ses deux filles Alix et Suse 4.  Mais surtout  d’Alix qui lui cause par sa fragilité et sa maladie bien des tourments.

 

Elle s’enivre des ouvrages de S.Z. Un jour, elle lui écrivit 2:

« J’ai trouvé ce livre merveilleux. Et puis, y sentir ta parole. Cher, Cher, travaille, écris et je ne serai jamais pauvre - et combien d’autres seront enrichis par toi, ce que tu ne sauras jamais,….»

Début Mars 1913, F.M. désormais toute à sa passion amoureuse, F.M. s’offre, s’abandonne et termine sa lettre « Fr. M. toute à toi ». Depuis, ils n’ont de cesse de parler de leur amour à travers lettres et poèmes. Malgré tout, ils souffrent de la condition de femme mariée de F.M. Traversant un léger relâchement mutuel, de sa vive intuition féminine, elle sent S.Z. s’éloigner. Elle ne s’était pas trompée, il lui avouera une aventure à Paris avec une dénommée Marcelle (la couturière).

Mais, en femme merveilleusement déterminée, ne poursuivant qu’un seul but, elle écrit 2: « Tout apparaît lumineux, simple, et les résolutions de retrouver sa liberté accompagnées de ses filles cheminent allègrement. »

 

S’il ne fait aucun doute qu’elle a vraiment aimé l’homme, elle a admiré et magnifié son beau et exceptionnel écrivain.  Elle l’a épaulé quand c’était nécessaire, ne supportant pas ses périodes de molles motivations, d’énergie vacillante voir d’apathie. Elle l’exhorta de se remettre à l’ouvrage, elle lui redonna confiance et lui témoigna avec la plus grande sincérité la plus grande admiration pour son génie créatif.

 

Ils se marièrent à Vienne en 1920 et s’installèrent dans la maison de S.Z. à Salzbourg.

Ce couple est la plus parfaite illustration de la citation : « Pour comprendre l’incroyable réussite d’un homme, cherchez la femme qui se trouve derrière.»

 

Florilège d’extraits des correspondances de F.M. 2:

-      Je bavarde sur la beauté alors qu’elle s’étale devant toi, parée de mille couleurs. Profites-en, cher ! Elle aussi a sa fête quand tu es en elle.

-      Je dois, je veux, être et rester bonne pour toi.

 

Veille d’un départ de S.Z. :

- Cher, mes pensées à présent se fondent dans le vœu ardent que tu partes heureux au devant de multiples joies.

-  Jouis encore de ces belles journées, et racontes-les moi, ce sera ma plus grande joie.

 

Après l’intervention de S.Z. pour aider F.M. dans sa carrière littéraire :

-       Merci à toi pour tout le bien, le trop grand bien que tu as dit de moi. Mon aimé, je ne peux mieux te prouver ma gratitude qu’en te promettant de ne jamais profaner le petit feu, le bon feu qui brûle en moi…..

Je forme le voeu que chacun puisse un jour goûter le bonheur d'être aimé si passionnément !! 

 

__________________________________________________________________ 

Abréviations :

F.M.: Friderike Maria

S.Z. : Stefan Zweig

 

Références :

1. Friderike Maria née Burger le 4 Décembre 1882 à Vienne, décédée le 18 Janvier 1971 à Stanford – Connecticut – USA

Ecrivain, journaliste, professeur et traductrice, elle émigra en France en 1938  puis aux Etats-Unis en 1941. Voir ses publications sur le site de la ‘Bibliothec Deutsche Nationale’.

 

2. Friderike & Stefan Zweig, l’amour inquiet (correspondance de 1912 à 1942) aux éditions « Des femmes » 1987 pour l’édition Française. Il y manque les lettres de Stefan Zweig datant de  1912 à 1916, perdues ou dérobées.

 

3. Dr Felix Edler von Winterniz, 1877 – 1950, Fonctionnaire des finances.

 

4. Alix : Alexia Elisabeth,  1907 – 1986

   Suse : Susana Bénédiktine, 1910 – 1998

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Published by Gabriel Guy Ouazana - dans littérature
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commentaires

Irène 20/07/2009 18:50

Je commence à être une habituée de votre blog. Bien m'en a pris, cet article sous un angle féministe, va vous procurer sûrement beaucoup de sympathie. Sous l'angle littéraire, j'aurais aimé trouver quelques recommandations d'ouvrages de cette femme, j'attendrai que vous en ayez lu quelques-uns :)
Bien amicalement.
Irène

Anne Lelong-Trolliet 20/07/2009 18:49

Merci…. Car votre ouverture intérieure nous donne accès à l’invisible. Vous nous faites rentrer dans l’altérité de ce couple en constante création. Vos différentes références ont mis en exergue, ce jeu de forces dialectiques entre l’ombre et la lumière, et ont provoqué, chez moi aussi, ce désir de goûter le bonheur d’être aimé si passionnément.

frédéric 20/07/2009 18:47

Je découvre avec intéret cette page sur une part infime de la littérature qui s'offre à ceux qui lui portent un intéret amoureu... Car sans amour, où peut bien se trouver la passion que l'on éprouve pour toute chose ? Magnifique travail...

Laetitia 20/07/2009 18:46

Bonjour,vous m'aviez demander de venir voir votre blog...Voci chose faite :-) Qu'il me plût de lire votre article, je buvais chaque mots, chaque phrases écrites...De plus,vous y avez ajouter une légende qui aide à la compréhension des initiales citées,etc... J'espère qu'il y aura d'autres articles encore?!Bonne continuation à vous,et sincérement vous avez du talent!
Bises,Laëtitia L.

Huguette 20/07/2009 18:44

Je ne connais pas "Stefan Zweig" mais je peux vous dire que votre blog est très bien conçu et donne envie de découvrir cet auteur. Photos de livres et passages éloquents bien choisis.
Je vais combler mes lacunes et chercher une de ses oeuvres afin de m'immerger dans le petit monde de cet écrivain qui de surcroît, parle d'une époque que j'aime beaucoup. J'imagine que je vais me régaler !
Je vous donne donc un avis très positif sur votre blog qui je pense, retiendra l'attention des internautes de passage en quête d'écrits du début du vingtième siècle.
Bien amicalement,
Huguette PIFAUX

Maryline Jones 20/07/2009 02:11

Bonjour, j'ai regardé votre blog, quel talent, je l'ai lu avec plaisir et attention.
Mon style est complètement différent, j'écris beaucoup sur l'amour.
Au plaisir !!