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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 02:06

D’où pouvaient venir les tourments de Stefan Zweig, qui n’avait pas encore connu l’adversité ?

Un manque d’assurance dû à l’exigence d’un père austère qui souhaitait utiliser la réussite de ses enfants comme levier de promotion sociale, attendant des études du jeune Stefan un titre universitaire de docteur, dans n’importe quel domaine ?

Des carences affectives dues à la relative indifférence d’une mère, toute à ses frous-frous vaporeux et à ses relations mondaines ?

 

A t’il été dépassé par son précoce succès, se retrouvant dans des habits devenus subitement trop grands pour lui ?

 

Il écrivit à Friderike Maria au début de leur relation épistolaire, dans une volonté de se justifier, « je suis un homme quelconque ». 

 

Sans aucun doute, Stefan Zweig n’était pas préparé à vivre un pareil destin.

 

Son sort a été définitivement scellé par Theodor Herzl – premier feuilletoniste dans le grand quotidien « Neue Freie Presse » - qui reçut Stefan Zweig, alors inconnu, venu présenter une nouvelle tout juste écrite. Il faut dire que le feuilleton n’était accessible qu’aux écrivains déjà reconnus et renommés. Seul le jeune Hugo von Hofmannsthal – le poète surdoué au destin si tragique - fit exception. 

Herzl lu la nouvelle et annonça qu’elle était acceptée par le journal, et en effet, il la publia sans tarder. Il fit bien plus encore – voir Hommes et Destins aux éditions LGF – « dans un de ses feuilletons, il signala impromptu qu’il y avait désormais de nouveau à Vienne des jeunes gens pleins d’avenir et me cita en premier. C’était la première fois que quelqu’un m’encourageait publiquement………dans la carrière d’un écrivain, aucun instant n’est plus décisif, plus inoubliable…..…Depuis, je n’ai  jamais cessé de me sentir redevable….. ».

Et effectivement, il le demeura toute sa vie comme au premier jour.

 

De la même façon, c’est habité d’une dévotion presque mystique que Stefan Zweig va se dévouer et se soumettre aux grands hommes qu’il a eu la chance de côtoyer. Justifiant cette curieuse attitude par son culte tout particulier du respect et de la reconnaissance.

 

Tentons de donner du sens à cette disposition hors du commun de Stefan Zweig.

 

Une maxime dit : « Tu as fait du bien oublie-le de suite, on t’a fait du bien ne l’oublie jamais ».

 

Pour tenter de comprendre le Bien, un peu de philosophie peut se révéler nécessaire .

 

-     Platon y voit une notion métaphysique qui grâce à une Force morale suprême et transcendante, donne du sens à l’univers. Son essence même est surclassée en puissance. « La république ».

 

-     Pour Aristote, Le bien propre à l’homme est l’activité de l’âme en conformité avec la vertu. « Ethique de Nicomaque ». Le contentement qui envahit totalement, le corps, l’esprit, l’âme se traduit chez Aristote « comme le Bonheur ». C’est le souverain bien.

 

Personnellement, je pense que l’âme est guidée par l’esprit et les sentiments du cœur et leurs actions conjuguées. En quelque sorte, l'âme n’agit pas mais subit et se transforme. 

 

-     En revanche, Spinoza rapproche le bien de la joie, de ce qui y mène et surtout – idée fort intéressante – ce qui remplit l’attente de l’homme. « Ethique, 3ème partie ».

 

-     Locke oppose le bien au mal dans le sens qu’il englobe tout ce qui est de nature à nous procurer un plaisir intérieur, donc véritable, profond et non pas une douleur. « Essai philosophique concernant l’entendement humain ».

 

-     Descartes distingue le Bien collectif et individuel. Pour ce dernier, il y voit plutôt une conséquence sur l’homme d’actes de bien faire procurant le contentement. « Œuvres, lettres ».

 

-    Enfin, Kant rassemble la nécessaire vertu et le bonheur en un ensemble indissociable chez l’homme pour la possession du ’souverain bien’.  Un bonheur proportionnel à la moralité et une vertu prédominante car placée au dessus de tout. « Critique de la raison pratique ».

 

Chacun pourra se faire sa propre opinion, tant la notion du bien est relative, variant selon les périodes et les civilisations, les besoins collectifs et individuels. Selon la morale, l’éthique et la religion.

 

Malgré tout, on peut se risquer à écrire que le Bien est et restera une attente permanente chez l’homme, selon son principe d’existence, pour sa satisfaction matérielle, et/ou sa réalisation spirituelle.

 

C’est quoi « Tu as fait du bien oublie-le de suite » ?

 

C’est répandre autour de soi, par son action, par ses idées, par ses moyens, des choses de nature à procurer du mieux-être à ceux qui reçoivent.  Pour cela, pour que le Bien reste dans son acception authentique et absolue, il faut voir l’intérêt exclusif de l’autre.

Si je m’inclus, sans aucun doute de peux faire du bien mais je ne fais pas le Bien.

 

Avec intelligence, en faisant la bonne adéquation entre ses moyens et les besoins de l’autre (qui ne croise jamais par hasard notre route), cette redistribution des ressources et du savoir au sens large, contribuent à rétablir l’équilibre, l’harmonie et la paix parmi les êtres humains.

 

Le seul moyen dont je dispose pour oublier de suite c’est de m’exclure et de rendre mon engagement totalement désintéressé.

 

L’autre vertu de l’oubli est de ne pas à avoir à rappeler sans cesse à l’autre ses actions bienfaitrices, pour le soulager du contraignant sentiment de redevabilité.

 

Dans un sens plus profond, se débarrasser de ses souvenirs de philanthrope, c’est aller dans le sens de la dématérialisation, préambule indispensable aux premiers pas vers le chemin spirituel.

 

C’est quoi « on t’a fait du bien ne l’oublie jamais » ? 

 

C’est pratiquer la culture de la reconnaissance. C’est ‘l’anti-ingratitude’. C’est surtout se rendre compte qu’on a contracté une dette morale à travers un sentiment qui naît et se propage dans notre conscience.

 

Et c’est justement dans ce cas précis, que l’oubli grignote la mémoire et finit par effacer tout souvenir, aidé dans cette tâche par une sourde et insidieuse volonté de s’affranchir au plus vite de toute contrainte.

 

C’est un travail difficile à faire sur soi car il n’est pas dans la nature de l’homme de s’imprégner naturellement d’un tel fondement.

 

Reconnaître le bénéfice d’une action à son égard, nourrir et manifester sa reconnaissance, mettre de coté son égoïsme et son orgueil, c’est le bon cheminement, la bonne démarche pour une reconnaissance plus intime, plus globale des bienfaits de la Providence ou d'une force Divine.

 

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

cécile perez 27/07/2009 21:18

Je suis enchantée de faire la connaissance de cet auteur Stefan Zweig dont je partage, au fil des quelques phrases, les convictions sur les notions de bien, de respect... La formule "Tu as fait du bien, oublie le tout de suite" est à première vue ordinaire et pourtant riche de sens et d'une mangnifique pertinence. Elle me servira désormais personnellement, c'est un sentiment que j'avais ressentis au sujet d'une personne néfaste pour moi mais que je ne parvenais pas à définir. Merci à toi et au plaisir de pouvoir communiquer sur ce merveilleux auteur que je vais m'empresser de lire dès que possible.

Christophe Cariou 26/07/2009 13:20

Bonjour,
Je connais peu Zweig, mais je trouve ce site très intéressant. Je n'ai lu de lui que deux livres, le joueur d'échec et surtout combat contre le démon, un texte incroyable, notamment sur holderlin et nietzsche, deux de mes auteurs préférés.
je continuerai à regarder ce site de plus près, et tout cela me donne encore plus envie de créer le mien, lorsque j'aurai le temps (ou quand je me pousserai à le prendre, plutôt)
Comme disais d'ailleurs holderlin, il faut habiter la terre poétiquement
je te souhaite de continuer à habiter la toile de façon la plus zweigienne possible.
à bientôt

Françoise Plain 22/07/2009 08:00

Merci pour ces "cours" sur Stefan Zweig qui sont très intéressants et très bien rédigés (ce qui est rare dans les blogs). Je mets votre blog dans ma liste de favoris pour pouvoir le consulter de temps à autre. Bien à vous. FP

Irène Montalban 20/07/2009 02:18

Oh cher Guy, quel ravissement ce texte. J'attendais la depuis la Génèse d'un amour,et ça valait la peine. J'ai tellement lu mais j'aimerais aussi pouvoir exprimer mon ressenti. Avez-vous quelques conseils ? Bien à vous, Irène.

Anne Trolier 20/07/2009 02:14

Comme vous dites dans votre titre, « Par delà le bien » Theodor Herzl, n’ a pas cherché à faire le bien.. ; il a mis Sweig sur la route, il lui a donné la possibilité de développer les capacités nécessaires, pour poursuivre sa destinée d’écrivain, il lui a permis de continuer, si tel était son désir, si tel était son « destin ».

Cet ouvrage, « Hommes et Destins » est cette rencontre, entre des hommes remarquables, aux destins fragmentés… mais, qui ont cette force nécessaire, pour recomposer par un désir commun, une destinée improbable. Ils ne se sont pas rassurés, ni pris la main. Ils se sont rencontrés. Et comme vous le dites : « Reconnaître le bénéfice d’une action à son égard, nourrir et manifester sa reconnaissance » n’est ce pas révéler à l’autre et à soi, sa gratitude.
Merci !

Philippe Robin 20/07/2009 02:13

Cher Monsieur,
Je découvre votre blog et votre dernier texte. Ne croyez-vous pas que vous entraînez les lecteurs vers un domaine inconnu de Stefan Zweig, lorsque vous parlez de providence?
Philippe Robin