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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 02:16

Un extrait de la biographie par Dominique Bona de « Stefan Zweig, l’ami blessé » aux éditions Plon, me sert de support pour cet article. (Zweig choisit en 1913 Dostoïevski, "écrivain le plus tourmenté, le plus douloureux qui soit", pour écrire sa biographie).

 

 «Toute la démarche intellectuelle de Zweig se lit dans ce premier choix. Hanté par la célèbre phrase de Goethe - Homme, quand comprendras-tu que ne pas aboutir fait ta grandeur – qu’il place en exergue du livre et qui sera le nerf conducteur de toutes ces biographies futures .Ce qui l’ intéresse dans la vie d’un homme, c’est l’inachèvement.

 

Elle poursuit : "Zweig trouve la valeur de l’individu dans sa souffrance, ses doutes, ses peurs, ses tentations et ses faiblesses."    

 

Mais quel homme à un moment donné de sa vie n’a pas douté, n’a pas connu des accès de faiblesse, n’a pas été en proie au doute, n’a jamais connu la peur, n’a jamais eu l’esprit tenté ?

Ce sont ces caractéristiques qui font l’homme -cet être imparfait.

 

Et même si pour certain le trait de caractère est exacerbé, ça ne rajoute rien, ça n’enlève rien à la valeur, au sens où l’entend Stefan Zweig. Car ce qui lui importe davantage c’est de trouver et de comprendre comment se sont construits le message et l’héritage des générations futures à travers l’étude de ces personnages complexes. Ce qui n’implique pas forcément qu’il s’y reconnut ou qu’il trouva un écho à sa personnalité.

 
-Que serait la philosophie sans un Nietzsche, dont les idées et les thèses ressurgissent un peu partout. Le magazine l’express de début Juillet (N°3026) n’en fait-il pas sa couverture titrée : Le philosophe du temps moderne - et lui consacre un dossier spécial. N’est-ce pas là justement le génie de Stefan Zweig qui au début du 20ème siècle le choisit pour réaliser une biographie riche en explications et en citations et lui reconnaît un discours en avance sur son temps, là ou d’autres intellectuels criaient ‘au fou’.

 

-Que serait devenu un Calvin sans Castellion ?

 

-Est-ce qu’un Martin Luther aurait été aussi loin sans un Erasme contradictoire ?

 

-Un homme peut-il se grandir, s’élever, se transcender sans adversité ?

 

Certes de leur vivant, ces hommes choisis par Zweig, ont connu des destins tourmentés et souvent tragiques. Mais leurs enfants spirituels retiennent, contrairement à l’histoire ingrate, le combat pour de nobles idées, pour la morale, pour l’humanisme.

 

Et c’est justement le sens de l’injonction de Goethe qui s’adresse avec emphase au genre humain. Quand il déclare dans sa phrase « …ne pas aboutir… », il ne fait pas pour autant l’apologie de l’inachevé. L’essentiel est de commencer et le mérite s’acquiert par cette action - et tant mieux pour ceux qui vont au bout -.

 

Pour ces grands parmi les grands, ces maîtres à penser, élevés au rang de prophètes pour certain, il serait beaucoup trop simpliste et trop réducteur, que de donner à leurs propos, le sens de la seule traduction ou transcription littérale.

 

La réalité est tout autre, plus fine, plus élaborée, plus métaphorique.

 

Pour Goethe, il ne faut pas attendre d’être sûr de soi, sûr de ses atouts, sûr de sa victoire pour s’engager. Un homme digne de ce nom, doit répondre présent à l’appel du destin, de son destin. Comme il est dit : Là ou il n’y a pas d’homme, soit un homme.

Il ne faut pas chercher la finalité de son projet - que l’on n’est jamais sûr d’atteindre-  mais trouver les moyens de commencer. Même si l’histoire, amnésique parfois, ne retient que les issues fatales, les idées et les moyens traversent le temps et inspirent pour de nouveaux combats.

 

Le choix de Stefan Zweig n’était-il pas pertinent ? Certes oui !

 

Avait-il quelque chose à voir avec des traits de caractère pathétiquement communs aux hommes ? Certes non !

 

Alors, l’important est de commencer, de créer, de réfléchir, de produire et qu’importe le devenir.

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

tifraouette 26/10/2009 08:49


Et oui tous les hommes ont leurs faiblesse, même les plus grands, le Christ lui même n'a-t-il pas douté ? N'a-t-il pas eu de craintes sur la croix ?
Stefan Zweig a connu une fin tragique, ce jour là, l'humanité avait perdu un grand homme et le bonheur de lire d'autres grandes œuvres !


Lionel S. 16/09/2009 18:37

Je me permets de vous adresser un petit mot sur les conseils d'une amie que nous avons en commun; Valérie. Grace a vous mais aussi sur ses recomandations j'ai découvert Stephan ZWEIG avec "Voyage dans le passé". Je ne suis pas un grand lecteur mais j'ai trouvé son style tres riche sur bien des plans. Il utilise des formes grammaticales et un vocabulaire que l'on ne rencontre plus beaucoup aujourd'hui. Le rythme de l'écriture suit celui de l'histoire et tout ceci fait que plus que de le lire, on vit ce recit. A peine achevé , je projette déja d'en lire un autre. Merci a vous, Monsieur, de nous avoir permis de découvrir ce grand auteur. Tres amicalement. Lionel Smaniotto.

Gabriel Guy Ouazana 16/09/2009 18:47



Cher Mr Smaniotto,  Franchement à la lecture de votre commentaire je dois vous dire que vous avez trouvé la grande porte pour rentrer dans le monde captivant de
Stefan Zweig.



Clothilde 08/09/2009 18:10

"L'important est de commencer et qu'importe le devenir". Magnifique devise.

Gabriel Guy Ouazana 09/09/2009 00:25


C'est une très forte incitation à passer à l'action. C'est en effet une belle devise pour l'homme.