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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 23:00


Adam-Lux.jpg

C’est celui d’une pièce de théâtre de Stefan Zweig. Sans doute l’une des moins connues et pour cause : inachevée, et traduite en Français seulement en 1990. C’est dire si elle a intéressé beaucoup d’éditeurs. En proposant la toute dernière version de 1928, « les Publications de l’université de Rouen » nous donnent la possibilité de découvrir un homme simple au destin surprenant. Etonnant de retrouver la description de ce  « presque inconnu » sous la plume de Zweig. Un homme qui somme toute, a laissé un maigre héritage à la postérité et une pauvre contribution à l’histoire.

Adam Lux est donc le nom de la pièce mais aussi celui d'un Rhénanien. Un nom introuvable dans les dictionnaires de noms propres. Juste quelques lignes dans Wikipédia.

Pour l’œuvre, Stefan Zweig utilise un procédé qu’on retrouve dans certaines pièces de son ami Arthur Schnitzler -dont la célèbre et scandaleuse « la Ronde »-. Dix tableaux, de brèves esquisses, laissant de larges espaces pour la compréhension et le ressenti. Les fragments ne se perdent pas dans le pathos et leur agrégation se fait aisément pour le lecteur.

Mais pour revenir à notre Adam Lux, comment un docteur en philosophie de l’université de Mayence, fervent partisan de Rousseau, du retour à la nature, du travail sain de la terre, va se retrouver sous le couperet de la guillotine à Paris ?

La pièce de théatre va nous apprendre ,ou plutôt nous suggérer une partie de la vie d’Adam, et les indispensables contributions d'internet (sites allemands) complèteront sa biographie. Celui-ci est un idéaliste qui va prendre faits et causes pour la révolution Française, et pour évangile le projet de constitution de Condorcet.

Cette révolution est sa révolution, c’est une évidence qui s’impose à lui. Il va -  rien de moins - avec par quelques amis allemands, proposer à Robespierre l’annexion de la Rhénanie par la France.

Malheureusement, Adam mettra du temps à comprendre qu’entre les droits de l’homme et la terreur sanguinaire il n’y a qu’un pas, qu’un instant furtif.

Anarchie, fraternité, tyrannie, sagesse des lois, rigueur des institutions s’accouplent dans un désordre orgiaque, sans se soucier le moins du monde des comptes à rendre à l’histoire.

 

Bien que salué par Robespierre comme un valeureux patriote Allemand, le citoyen de Mayence, trop faiblement armé par ses idéaux, se retrouve sidéré à l’occasion de la convention Girondine par les propos haineux de Marat. Il est frappé d’épouvante.

Désabusé, dépouillé de ses nobles aspirations, il va choisir le mauvais camp.

 

La révolution se fait à une vitesse supersonique. Pas le temps de fraterniser avec les Girondins que les Montagnards prennent le pouvoir tandis que les Jacobins tirent les ficelles. Sursaut des royalistes encouragés par les déclarations de guerre contre la France affaiblie, révolte des Vendéens, mise en place des comités de salut public, de sûreté nationale, rajoutez la Convention incontournable bien que ne détenant pas le vrai pouvoir, et tout cela, en même pas une année !!

On imagine bien notre pauvre Adam Lux au milieu de cette tourmente, pas du tout au fait du jeu subtil de la politique et de ses alliances contre-nature. Adam se réfugie trop tard chez les Girondins, déjà en disgrâce et surtout il défend Charlotte Corday qui a eu le courage de mettre un terme à la vie de Marat, le « boucher de la révolution ».

Adam Lux sera guillotiné quelques mois seulement après son arrivée à Paris.

 

Fin de l’histoire ? Bien sûr que non, sinon Stefan Zweig ne se serait pas emparé de ce singulier personnage.

 

Johann Paul Friedrich Richter, écrivain populaire et humoriste, qui côtoie Goethe et Schiller, a déclaré : "Aucun Allemand ne doit oublier Adam Lux!!"

Mais c’est surtout l’immense Johann Wolfgang von Goethe qui le mettra à l’honneur en basant la composition de son poème épique « Hermann und Dorothea » en 1798, sur la vie et  le courage d’Adam Lux.

 

Une fois de plus, Stefan Zweig nous émerveille par son érudition et par la pertinence du choix de ses personnages.

 

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

Mariam 01/03/2010 23:29


En tant que passionnée de Stefan Zweig, j'ai apprécié les articles de votre blog et l'élégance de votre écriture. Merci pour ce petit morceau d'histoire.


Charles h. 08/02/2010 19:37


Félicitation pour cet article, écrit sous une forme aussi agréable à lire que du Zweig, avec en prime, un coté découverte non négligeable.
Bien amicalement.
Charles H.