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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 18:04

L’existence de très nombreux ouvrages consacrés aux jeux d'échecs et le succès phénoménal de certains livres comme  Le joueur d’échecs  de  Stefan Zweig, donnent envie d’en savoir un peu plus sur cette fascination exercée par ce jeu mythique – mystique diront certains – sur  les écrivains et leurs lecteurs.

 

echecs.gif

 

Le point de vue métaphysique:

Si la terre était carrée, le monde ressemblerait à un échiquier sur lequel se joue le destin de l’humanité à travers des combats permanents. Sans relâche, les peuples se soulèvent pour partir à la conquête de nouveaux territoires et pour installer leur suprématie.

Les êtres humains sont-ils restés ne fussent qu’un jour sans se livrer une bataille ?

On a coutume de comparer les jetons blancs au bien et les jetons noirs aux forces obscures du mal.  Ces images mettent en avant la fameuse dualité associée à la création de notre monde. Opposition reprise sous forme d’allégorie dans les textes bibliques. Le ciel/la terre,   le soleil/la lune,   la lumière/l’ombre,    le bruit/le silence,   la beauté/la laideur, le bonheur/le malheur etc.…

 

Plus rarement, cette lutte évoque celle des âmes innocentes, arrachées injustement à leur destin et venant demander des comptes à leurs assassins pour une ultime revanche.  Patrick Séry dans son roman « le maître et le scorpion » renforce cette idée en évoquant un combat de forces spirituelles sur un champ de bataille invisible avec des objets sur l’échiquier qui devraient être dématérialisés.

 

Ce n’est pas le hasard des nombres qui a fait évoluer le jeu sur un territoire de 64 cases. Car si on additionne les deux chiffres (le 6 et le 4), on obtient un 10. Un « 1 » pour l’existant et le « 0 » pour le néant. Nouvelle dualité qui est la base du système binaire et qui nous donne un nombre infini de combinaisons.  

 

Ce dernier exemple nous montre parfaitement qu’en fait, le terme de complémentarité s’appliquerait beaucoup mieux à notre propos que celui de la dualité.  Car l’un ne peut exister sans l’autre. Ces forces sont interdépendantes et le resteront pour l’éternité.

 

Le point de vue scientifique:

Alfred Binet qui a effectué des travaux remarqués sur l’intelligence, était passionné de psychophysiologie et inventa les premiers tests psychométriques.

Il n’est donc pas étonnant que durant ses recherches et travaux, il s’est directement attaché à comprendre les aspects psychologiques. Il a tenté de déterminer les qualités communes aux grands joueurs d’échecs, avec une certaine fascination pour ceux qui jouaient les parties « à l’aveugle ».  Il publia : « Psychologie des grands calculateurs et joueurs d’échecs »  en 1894.

 

Mémoire visuelle géométrique: Celle-ci est un support pour Hyppolite  Taine qui démontre la règle qu’une image est une sensation spontanément renaissante, ordinairement moins énergique et moins précise que la sensation proprement dite, mais pouvant devenir plus ou moins énergique et précise selon les individus et selon les espèces.

 

« Cette observation  fait partie d'un admirable chapitre où Taine a traité pour la première fois avec un éclat incomparable la question fondamentale du  rapport de la sensation et de l’image » déclara Alfred Binet.

Donc un joueur ne peut se livrer à cet exercice sans utiliser sa mémoire visuelle des formes, des couleurs, du toucher, du mouvement, qui lui sert de base en lui figurant en permanence l’image de l’échiquier.

 

Goetz, joueur d’échecs de premier plan, affirme que le jeu "sans voir" est d'après son expérience personnelle, fondé uniquement sur le raisonnement et le calcul, ce qui va à l’encontre des théories de Taine.

 

Pour approfondir son sujet, Alfred Binet se lance donc dans un sondage à grande échelle et sollicite toute l’élite mondiale échiquéenne au 19ème siècle. 

62 joueurs répondent au questionnaire très précis que Binet leur a fait parvenir. 

 

Principales conclusions de l'étude:

1/ Sur les aptitudes selon les origines:

Les Slaves, les Anglo-saxons et les Germains s’illustrent parmi les meilleurs joueurs.

En Allemagne, il n'y a pas de professionnels et, fait digne de remarque, les joueurs les plus forts sont presque toujours des hommes dont la position sociale a exigée des études sérieuses; professeurs, magistrats, docteurs en philosophie, ministres, médecins.

Ø Les Germains étudient les échecs scientifiquement, c'est parmi eux qu'on trouve le plus grand nombre de joueurs de classe internationale.

Ø Les Anglais considèrent plutôt le jeu d'échecs comme un délassement d'esprit, ils n'en font pas une étude approfondie, mais le pratiquent beaucoup. C'est la nation où ce jeu est le plus à l'honneur, et qui compte le plus d'adeptes de force moyenne.

Ø Enfin les latins, après avoir dominé les échecs au siècle précédent, semblent renoncer en prenant au pied de la lettre la maxime d'après laquelle les échecs sont trop frivoles pour une étude, et trop sérieux pour servir de délassement.

 

2/ Sur les qualités qu’il faut posséder:

Il y a dans une partie d'échecs toutes les tactiques que l'on trouve à la guerre avec des manœuvres, des embuscades, des ruses, des menaces, des attaques, des replis etc. C’est un champ de bataille idéal pour les idées. Il faut donc de sérieuses qualités morales et intellectuelles ainsi que de la vigueur pour être capable de jouer des interminables parties. 

 

Grande puissance physique, sang-froid,  patience, et facultés intellectuelles hors du commun pour concentrer son attention pendant plusieurs heures, sans se laisser troubler.

Là sont les bases essentielles de ce genre de sport :  - L'érudition  - La mémoire

- L'imagination.

 

Ouvrages littéraires:aff-joueur-300x421.jpg

Citons quelques romans traitant de ce sujet:

 

« La défense Loujine » de Vladimir Nabokov

« Le fou des échecs » de Van Dine S 

« Le huit » de Katherine Neville

« L'échiquier du temps » de Françoise d'Eaubonne

« Le secret de l'automate » de Robert Löhr

« Le Gambit des Etoiles » de Gérard Klein

« La ville est un échiquier » de John Brunner

« L'échiquier de la création » de Dominique Douay

« L'échiquier du Mal » de Dan Simmons

« Le jeu des rois » d’Anne Sylvius

« Echec au Fou » de Robin Grey

« Mat » de Ronan Bennett

« L'échiquier » de France Adine

« La joueuse d'échecs » de Bertina Henrichs, etc...   

 

Freud disait que le jeu d’échecs se compare à la vie, à la différence près, que l’on n’a pas toujours droit à une revanche.

 

On a autant de petites fenêtres ouvertes sur le monde que de cases sur un échiquier. C’est aussi une ouverture sur soi et sur sa capacité à faire face à l’adversité, conférant de fait un formidable révélateur de personnalité.

C’est l’essence même d’un ensemble qui permet à un repère visible une orientation vers le détail le plus infime.

Pour tous ces passionnés, à défaut d’être un moyen d’existence, les échecs resteront pour toujours le meilleur moyen d’exister.

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

jacques 31/01/2011 01:06


Bonsoir,
Joueur d'échecs depuis toujours, j'ai trouvé votre article original et particulièrement intéressant.
Cordialement.
jacques


Wictoria 30/12/2010 19:11


Magistral cher Mr Ouazana. Merci.