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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 22:45

 

Il est bien difficile de définir ce livre de Stefan Zweig. Ce n'est pas tout à fait une biographie. On n'y trouve même pas le prénom et la date de naissance de Hölderlin. Mais est-il vraiment indispensable qu'un livre soit préalablement défini classé et étiqueté d'après les catégories littéraires établies par les éditeurs? Sans doute, mais il y a des œuvres qui ne se prêtent à aucun classement et échappent aux règles traditionnelles.

 

Dans cet ouvrage, on retrouve le souci pédagogique de Stefan Zweig qui dans sa préface, explique au lecteur le choix de Goethe comme référent, pour sa patience et sa méthode ainsi que pour la lente accumulation des bienfaits de son génie. Enfin pour son calme, sa stabilité mentale et sa capacité à se situer objectivement dans le monde.

 

L’auteur Viennois s’inspire de Plutarque – l’ancêtre de la biographie historique – qui comparait parfois plusieurs personnages en considérant que cette méthode enrichissait le récit.

 

On peut considérer que cette mise en perspective de diverses personnalités permet d’aller plus loin dans l’analyse et fournit une compréhension plus fine des aspects psychologiques.  

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Ainsi Zweig explore les personnalités avec minutie et dextérité. L’analyse est clinique, chirurgicale, bien servie par sa fascination pour Hölderlin, Kleist et Nietzsche.   

De plus,  des subtils filtrages et tamisages ont permis à Zweig de recueillir une matière artistique épurée et authentique.

 

Stefan Zweig adopte une posture de conteur et offre dans cet ouvrage singulier et épique, la poignante tragédie que fut la vie du malheureux poète allemand Hölderlin. Zweig le place sur le même rang que Shelley et Byron alors qu’il est encore tout à fait inconnu.  Ses œuvres sont restées enfouies dans les bibliothèques, portant un numéro de fascicule avec l'abréviation ‘Mept’ pour manuscrits.

 

Zweig indigné écrit : « Et là, les manuscrits moisissent dans l'ombre, car les professeurs de littérature, ces indolents administrateurs de l'héritage du génie, les feuillettent à peine une fois en un demi-siècle. Ils sont tenus pour illisibles, comme l'expression du délire, comme la manie d'un monomane, comme une curiosité, qui, pendant de longues décennies, n'inspirent à personne l'envie de s'empoussiérer les doigts au contact de ces pandectes délaissées. »

 

La vie de ce poète fut épouvantable. C’est un long et atroce calvaire qui le mène dans un abîme et provoque son aliénation mentale. Et pendant prés de quarante ans, Hölderlin qui a perdu la raison, a conservé intact son génie poétique et continue d'écrire des chefs d'œuvre.

 

Ainsi écrit Zweig, Hölderlin est peut-être le seul cas clinique où le génie poétique subsiste après le déclin de la raison et où une œuvre absolument parfaite prend naissance du néant !

 

Guy Gabriel Ouazana  

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

Amalia 19/09/2012 01:36

Merci pour cet éclairage intéressant sur Hölderlin que je ne connaissais que de nom, ce qui va m'inciter à le découvrir plus sérieusement.
Zweig semblait avoir une véritable prédilection, tu parles même de fascination, pour les êtres exceptionnellement talentueux d'une part et tourmentés dans leur vie de l'autre. N'était-ce pas le cas
de Nietzsche sur lequel je me suis penchée tout tout récemment....Ne dirait-on pas que l'oeuvre de Zweig a été en grande partie tournée vers le besoin d'appréhender ce que peut-être il pressentait
en lui, le génie ....mais aussi une certaine forme de désespoir? Timide interprétation de néophite...qui attend le point de vue du spécialiste que tu es.

Guy Gabriel Ouazana 19/09/2012 16:40



Pour trouver des spécialistes, il faut aller voir du coté de Donald Prater et de Serge Niemetz auteurs de remarquables
biographies de Stefan Zweig. Mais c’est gentil quand même .


 Je ne crois pas que Zweig
avait une propension à s’intéresser à des sujets sombres. Il n’était pas non plus fasciné par la folie ou par les esprits tourmentés. Il n’a jamais sublimé la mort. En revanche, il fréquenta de
nombreux poètes de grand talent comme Hofmannsthal, Verhaeren qui fut son ami, Rainer Maria Rilke. Il écrivit aussi sur Marceline Desbordes-Valmore, publia une monographie de Verlaine, traduisit
Baudelaire en Allemand sans oublier que son premier ouvrage publié était un petit recueil de poèmes. Sa connaissance de l’art de la poésie était indiscutable.


Comme j’ai eu déjà l’occasion de l’écrire sur ce blog, Stefan Zweig était épris de justice et tout au long de sa vie, il a eu à cœur
de réhabiliter ‘les déshérités de l’histoire’ sans que cela ne devienne pour autant une obsession.


Je pense donc que le choix d’Hölderlin se justifie
par l’admiration pour ce talent pur et immanent – déconnecté de l’esprit -  et par l’irrépressible envie de donner une notoriété post-mortem à ce poète oublié.  


Pour Niezsche, c’est encore une autre
histoire !!