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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 20:10

C'était le temps où Emile Verhaeren écrivait des poèmes sur la fraternité humaine, où le génial Bertrand Russel ironisait sur la guerre « War does not determine who is right, only who is left », où Jules Romains publiait « Les hommes de bonne volonté ». Une fresque romanesque de 27 volumes, une œuvre presque démesurée comme un indispensable et long remède au terrible mal endémique de l'époque.

 

 

De son coté, Romain Roland louait la communion entre les hommes et le pacifisme international. Gandhi, plus pragmatique, faisait de la non-violence une de ses doctrines majeures pour combattre l’autorité et l'oppression.

Et pendant que Saint-Exupéry développait dans « Terre des hommes » ses idéaux, même aux confins du Sahara, il se trouva une voix, celle de Théodore Monod, pour dénoncer avec force le racisme, le fascisme, l’excitation sauvage des nationalistes.

 

 

Stefan Zweig n’est pas en reste. Son humanisme qui repose en partie sur l'observation des nécessités historiques le pousse à sillonner le monde, à donner des conférences, à tenter de mobiliser une partie de l’élite intellectuelle.  Du reste, gavé de morale et d’éthique, il ne s’est jamais départi de son idéal d’une Europe pacifiée et fraternelle (voir son discours de Florence en 1932 « Une communauté passionnée »).

 

Nous avons là une petite représentation de la génération des pacifistes convaincus. Des femmes et des hommes, pleinement conscients de leurs devoirs, dont les illusions ne veulent pas mourir. Et qui, tout en voyant le monde vaciller et les ténèbres approcher, font face avec vigueur et ténacité.  

  

Que ce soit dans l'ordre politique ou social, économique ou spirituel, leurs idées sortent du cadre étroit de l’intérêt individuel et se rangent parmi celles qui influencent directement la destinée européenne.

Ils travaillent au rapprochement des peuples, à imaginer les liens qui les uniront étroitement.

 

En pleine tourmente, Stefan Zweig se donnait à ce rêve, à cette réalité de demain. Il affirmait avec raison que la dilution de la responsabilité collective à l’échelle du continent (en stigmatisant un pays, en opposant les classes sociales), retarderait inéluctablement l’émergence d’une Europe politique viable et responsable. 

 

Aujourd’hui, il subsiste encore quelques camps retranchés, et beaucoup de méfiance, éloignant la perspective d’une paix durable. Ce libéralisme porté à bout de bras depuis tant d’années par les pères de cet enfant si turbulent, reste beau et grand.  Et, conserver ce printemps d'illusions, finira bien par faire triompher un jour ou l’autre les Etats-Unis d’Europe *.

 

N’oublions jamais que de la somme des âmes personnelles naît une conscientisation, une force et une volonté collectives. La priorité est donc de les unifier.

Les bonnes actions et les idées productives sont des substances qui nourrissent et densifient les liens de toutes les individualités pour ne former qu’un ensemble avec :

- Des vertus au service de la collectivité.

- Des consciences au service de l’humanité.

- Une exaltation de toutes les énergies positives et créatrices.   

                  

                                                     Premier conseil de l'Europe

 

conseil-de-l-europe.jpg

 

* 1946, Winston Churchill se prononce pour la création des Etats-Unis d’Europe.

   1949, le conseil de l’Europe est crée, le siège sera à Strasbourg

 

Guy Gabriel Ouazana

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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commentaires

Françoise 09/11/2012 00:22

Quelle belle leçon d'humanisme que Zweig et ces grands idéologues de la fraternité et du pacifisme nous donne, surtout quand on re-situe leurs prises de position dans le contexte historique de
barbarie qui leur était propre.
Cependant, on ne peut oublier que Zweig a choisi d'en finir avec la vie, ne supportant plus d'attendre un monde meilleur qui correspondrait plus à ses convictions. La souffrance morale l'a
malheureusement emporté en ce qui le concerne sur ses rêves d'unification des peuples... ce qui ne doit pas pour autant nous faire renoncer à y croire nous mêmes et à y travailler.

Guy Gabriel Ouazana 09/11/2012 17:38



Malheureusement, cette terrible période, unique dans l'histoire, a vu le suicide de nombreux écrivains, philosophes, et artistes, Juifs pour la plupart. Cela ne s'est pas limité aux années
39 à 45 car la détresse s'était installée durablement dans les coeurs et les esprits. Avec pour conséquence, un pessimisme et une misanthropie exacerbés souvent accompagnés d'une impossibilité à
s'enraciner quelque part et à communiquer correctement.


Avec Paul Celan, juif roumain, qui vécut en Autriche et a écrit toute sa vie en langue allemande, nous aurions pu avoir un contre-exemple au fatal destin de Stefan Zweig. Celan a
réussi dans ses poèmes à cerner tout le paradoxe de l'attachement à une langue et à une culture d'un peuple, qui pourtant, a exterminé toute sa famille. A admettre que ses ouvrages
se retrouveront dans des mains criminelles et à finalement croire en la réussite de sa propre résilience. Mais tout cela n'était qu'illusions, il se suicidera aussi.


"La pire mort est de perdre ce qui forme le centre de sa vie". Déclaration Ernest Emingway la veille de son suicide.