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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 15:05

tolstoi.jpg

 

Comme un écho au ‘Cri des Peuples’, Stefan Zweig répond en 1928 par une biographie profondément humaine de Nicolaïevitch Tolstoï.

Cet ouvrage donne une idée de l'admiration que Zweig portait à l'immortel auteur de ‘La Guerre et la Paix’.

Mais ce n'est qu’au terme de cette lecture qu'on peut apercevoir avec quel pieux dévouement, et avec quelle loyauté aussi, Stefan Zweig s'est attaché à décrire la vie et les tourments de Tolstoï.

Ce qui est le plus attrayant dans cet exercice, c'est que Zweig a su, malgré l’élan et l’enthousiasme qui par instants le portaient, garder tout son sens critique. Certes on sent chez Zweig une attirance par le génie de l'homme de Yasnaïa Poliana, mais il n'est jamais emporté par la  béatitude, ni hypnotisé par l’incommensurable talent, et ne sombre pas dans une mystique vénération.

Et devant la statue qu'il façonne, il entrevoit même les défauts de la construction du grand homme.  

 

« Tolstoï n'aurait été qu'un monstre  s'il n'avait pas commis d'erreurs, s'il n'avait pas parfois failli à sa mission, s'il n'avait pas été déchiré entre des volontés contradictoires, s'il n'avait pas été, en un mot qui résume tout, profondément humain et faible comme un homme ».

 

Parce que Tolstoï plus qu’un autre a mené toute sa vie un combat incessant pour dominer ses mauvais penchants.

Le biographe prend tout son temps pour comprendre et répondre aux considérations philosophiques, et aux réflexions morales et psychiques de son sujet.

La pénétrante analyse de Stefan Zweig en même temps qu'elle nous éclaire exactement sur la vie de Tolstoï, nous permet de suivre la très lente maturation d’un Maître à penser de tout un peuple, qui grisé par la vie de soldat, mit du temps pour se résoudre à remiser définitivement son arme au profit de sa plume.

Mais le véritable combat de cet homme complexe, son desideratum, a été de lutter pour s’élever au dessus de ses mauvais instincts, et son mérite, de les avoir transformés en valeurs morales.

 

Guy Gabriel Ouazana 

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 12:05

Bonnes vacances et bonnes lectures

en compagnie de vous savez qui  !!

 

paysages-08.gif

 

 

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 18:04

L’existence de très nombreux ouvrages consacrés aux jeux d'échecs et le succès phénoménal de certains livres comme  Le joueur d’échecs  de  Stefan Zweig, donnent envie d’en savoir un peu plus sur cette fascination exercée par ce jeu mythique – mystique diront certains – sur  les écrivains et leurs lecteurs.

 

echecs.gif

 

Le point de vue métaphysique:

Si la terre était carrée, le monde ressemblerait à un échiquier sur lequel se joue le destin de l’humanité à travers des combats permanents. Sans relâche, les peuples se soulèvent pour partir à la conquête de nouveaux territoires et pour installer leur suprématie.

Les êtres humains sont-ils restés ne fussent qu’un jour sans se livrer une bataille ?

On a coutume de comparer les jetons blancs au bien et les jetons noirs aux forces obscures du mal.  Ces images mettent en avant la fameuse dualité associée à la création de notre monde. Opposition reprise sous forme d’allégorie dans les textes bibliques. Le ciel/la terre,   le soleil/la lune,   la lumière/l’ombre,    le bruit/le silence,   la beauté/la laideur, le bonheur/le malheur etc.…

 

Plus rarement, cette lutte évoque celle des âmes innocentes, arrachées injustement à leur destin et venant demander des comptes à leurs assassins pour une ultime revanche.  Patrick Séry dans son roman « le maître et le scorpion » renforce cette idée en évoquant un combat de forces spirituelles sur un champ de bataille invisible avec des objets sur l’échiquier qui devraient être dématérialisés.

 

Ce n’est pas le hasard des nombres qui a fait évoluer le jeu sur un territoire de 64 cases. Car si on additionne les deux chiffres (le 6 et le 4), on obtient un 10. Un « 1 » pour l’existant et le « 0 » pour le néant. Nouvelle dualité qui est la base du système binaire et qui nous donne un nombre infini de combinaisons.  

 

Ce dernier exemple nous montre parfaitement qu’en fait, le terme de complémentarité s’appliquerait beaucoup mieux à notre propos que celui de la dualité.  Car l’un ne peut exister sans l’autre. Ces forces sont interdépendantes et le resteront pour l’éternité.

 

Le point de vue scientifique:

Alfred Binet qui a effectué des travaux remarqués sur l’intelligence, était passionné de psychophysiologie et inventa les premiers tests psychométriques.

Il n’est donc pas étonnant que durant ses recherches et travaux, il s’est directement attaché à comprendre les aspects psychologiques. Il a tenté de déterminer les qualités communes aux grands joueurs d’échecs, avec une certaine fascination pour ceux qui jouaient les parties « à l’aveugle ».  Il publia : « Psychologie des grands calculateurs et joueurs d’échecs »  en 1894.

 

Mémoire visuelle géométrique: Celle-ci est un support pour Hyppolite  Taine qui démontre la règle qu’une image est une sensation spontanément renaissante, ordinairement moins énergique et moins précise que la sensation proprement dite, mais pouvant devenir plus ou moins énergique et précise selon les individus et selon les espèces.

 

« Cette observation  fait partie d'un admirable chapitre où Taine a traité pour la première fois avec un éclat incomparable la question fondamentale du  rapport de la sensation et de l’image » déclara Alfred Binet.

Donc un joueur ne peut se livrer à cet exercice sans utiliser sa mémoire visuelle des formes, des couleurs, du toucher, du mouvement, qui lui sert de base en lui figurant en permanence l’image de l’échiquier.

 

Goetz, joueur d’échecs de premier plan, affirme que le jeu "sans voir" est d'après son expérience personnelle, fondé uniquement sur le raisonnement et le calcul, ce qui va à l’encontre des théories de Taine.

 

Pour approfondir son sujet, Alfred Binet se lance donc dans un sondage à grande échelle et sollicite toute l’élite mondiale échiquéenne au 19ème siècle. 

62 joueurs répondent au questionnaire très précis que Binet leur a fait parvenir. 

 

Principales conclusions de l'étude:

1/ Sur les aptitudes selon les origines:

Les Slaves, les Anglo-saxons et les Germains s’illustrent parmi les meilleurs joueurs.

En Allemagne, il n'y a pas de professionnels et, fait digne de remarque, les joueurs les plus forts sont presque toujours des hommes dont la position sociale a exigée des études sérieuses; professeurs, magistrats, docteurs en philosophie, ministres, médecins.

Ø Les Germains étudient les échecs scientifiquement, c'est parmi eux qu'on trouve le plus grand nombre de joueurs de classe internationale.

Ø Les Anglais considèrent plutôt le jeu d'échecs comme un délassement d'esprit, ils n'en font pas une étude approfondie, mais le pratiquent beaucoup. C'est la nation où ce jeu est le plus à l'honneur, et qui compte le plus d'adeptes de force moyenne.

Ø Enfin les latins, après avoir dominé les échecs au siècle précédent, semblent renoncer en prenant au pied de la lettre la maxime d'après laquelle les échecs sont trop frivoles pour une étude, et trop sérieux pour servir de délassement.

 

2/ Sur les qualités qu’il faut posséder:

Il y a dans une partie d'échecs toutes les tactiques que l'on trouve à la guerre avec des manœuvres, des embuscades, des ruses, des menaces, des attaques, des replis etc. C’est un champ de bataille idéal pour les idées. Il faut donc de sérieuses qualités morales et intellectuelles ainsi que de la vigueur pour être capable de jouer des interminables parties. 

 

Grande puissance physique, sang-froid,  patience, et facultés intellectuelles hors du commun pour concentrer son attention pendant plusieurs heures, sans se laisser troubler.

Là sont les bases essentielles de ce genre de sport :  - L'érudition  - La mémoire

- L'imagination.

 

Ouvrages littéraires:aff-joueur-300x421.jpg

Citons quelques romans traitant de ce sujet:

 

« La défense Loujine » de Vladimir Nabokov

« Le fou des échecs » de Van Dine S 

« Le huit » de Katherine Neville

« L'échiquier du temps » de Françoise d'Eaubonne

« Le secret de l'automate » de Robert Löhr

« Le Gambit des Etoiles » de Gérard Klein

« La ville est un échiquier » de John Brunner

« L'échiquier de la création » de Dominique Douay

« L'échiquier du Mal » de Dan Simmons

« Le jeu des rois » d’Anne Sylvius

« Echec au Fou » de Robin Grey

« Mat » de Ronan Bennett

« L'échiquier » de France Adine

« La joueuse d'échecs » de Bertina Henrichs, etc...   

 

Freud disait que le jeu d’échecs se compare à la vie, à la différence près, que l’on n’a pas toujours droit à une revanche.

 

On a autant de petites fenêtres ouvertes sur le monde que de cases sur un échiquier. C’est aussi une ouverture sur soi et sur sa capacité à faire face à l’adversité, conférant de fait un formidable révélateur de personnalité.

C’est l’essence même d’un ensemble qui permet à un repère visible une orientation vers le détail le plus infime.

Pour tous ces passionnés, à défaut d’être un moyen d’existence, les échecs resteront pour toujours le meilleur moyen d’exister.

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 18:31

charles-dickens.jpgAu 19ème siècle, Charles Dickens publia « Les aventures de Mr Pickwick » sous la forme en vogue à l’époque, de feuillets mensuels. Le prisme utilisé par Stefan Zweig pour examiner l’œuvre, exclut d’emblé toute considération sur l’esthétique littéraire.

Cette fois-ci, Zweig nous fait part de son admiration devant la fabuleuse performance et l’incroyable talent de ce jeune auteur. En effet, de 400 exemplaires publiés pour le 1er feuillet, Dickens atteint rapidement les 40 000 exemplaires dès le 15ème feuilleton.

Sa popularité soudain trop à l’étroit dans son pays, prend vite le large de la vieille Angleterre pour traverser les frontières de l’Europe jusqu’à, poussée par les vents du succès, se frayer un chemin jusqu'à l'Amérique.

Cet homme débonnaire se révéla être également un remarquable conteur. Ses prestations déplaçaient des foules considérables.

Mais son génie, comme le fait remarquer Stefan Zweig, a été à travers ses ouvrages, d'avoir su réveiller tout doucement les consciences des petits bourgeois repus, de cette Angleterre Victorienne, rassasiée de ses conquêtes, de ses trésors de guerre et satisfaite de son sort.

Avec un humour « So British » associé à des personnages tantôt héroïques, pittoresques ou grotesques, Dickens savait créer les histoires qui ont fait rire aux larmes tant de gens.

A travers ses écrits, il s’est invité dans pratiquement tous les foyers de sa glorieuse majesté. Mais au lieu de jouir tranquillement de sa popularité, de ronronner avec ses semblables, il a dénoncé les conditions de vie des enfants pauvres, exploités par un pays engagé dans une industrialisation à marche forcée.

A l’apogée de son succès, une brise salvatrice, certes encore légère, commença à souffler sur les indigents, sur les conditions inhumaines du travail des enfants, esclaves des usines et de leurs monstrueuses machines tentaculaires.

Des fondations pour les bonnes œuvres virent le jour. Stefan Zweig, dont on connaît la réserve naturelle sur les réalités historiques, indique comme un fait authentique qu’après la parution « d’Oliver Twist », les enfants mendiants reçurent plus d’aumônes dans les rues. Le gouvernement s’engagea dans des réformes en faveur des hospices, des écoles etc.  

Avec sa force tranquille, son pacifisme, son respect des traditions  bourgeoises, Dickens a mieux servi que quiconque la cause des démunis.

Cette Angleterre presque idyllique, il l’a façonnée dans ses histoires, qu’on parcourt avec bonheur aujourd’hui, non sans une certaine nostalgie de cette époque révolue, qui a sans doute existée, tout du moins dans son cœur.

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 16:13

H-TAINE.jpgHippolyte Taine, dont les ouvrages ont servi à la réalisation de la thèse de fin d'études en philosophie de Stefan Zweig, énonce à juste titre que les expériences sur l'histoire ne sont pas possibles en laboratoire. Mais malgré tout, on peut soumettre les sources historiques à certaines observations divisées en quatre catégories:

 

- Analyse

- Classement

- Définition

- Mise en relation

 

 

  • Analyse : repérer les faits historiques dans les documents ;
  • Classement : classer les faits historiques par catégories : œuvres de l'intelligence humaine (art, religion, science) ; œuvres de l'association humaine (structures politiques et sociales) ; œuvres du labeur humain (faits économiques) ;
  • Définition : résumer ces catégories, ces séries de faits similaires par une formule simple. Par exemple : système capitaliste pour une série de situations économiques ;
  • Mise en relation : établir des relations logiques entre ces catégories, ces séries de faits pour faire une synthèse;

         Le récit ainsi produit est l'Histoire.

 

L'intérêt de cette méthode, utilisée à de nombreuses reprises par Stefan Zweig dans le cadre des préparations à l'écriture de ses biographies, réside dans sa grande simplicité.  Cette approche cartésienne et originale de l'histoire mériterait certainement une portée plus universelle.  

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 19:05

Essai-Montaigne.jpgC’est bien tard, bien trop tard que Stefan Zweig redécouvre  la sagesse douce et tempérée distillée par le philosophe Montaigne. Zweig en avait gardé qu’un vague souvenir des abondantes citations latines qui emprisonnaient une philosophie ‘flétrie’ selon ses termes.. 

Le Stefan Zweig juvénile, dans les textes écrits dans un français d’un autre âge, ne comprit pas grand-chose et ne retint rien.

Mais au crépuscule de sa vie, Stefan Zweig, accablé par les épreuves, à la faveur d’une lecture plus mature, retrouve dans cette œuvre une lénifiante sagesse et un sublime Montaigne. 

A cette époque, S.Z. qui est au brésil, a déjà abandonné son grand projet sur Balzac, rangé dans ses tiroirs « Le joueur d’échecs »,  et a déjà commencé les premiers préparatifs pour quitter ce monde.

Mais l’envie de partager cette sage raison l’emporte et il se lance dans l’écriture d’un court essai sur le grand philosophe Michel de Montaigne.

En effet, on peut aisément comprendre l'admiration de Stefan Zweig pour cet homme, qui toute sa vie fût fidèle à ses aspirations, ne cédant rien, refusant tout compromis, recherchant comme un sacerdoce à se connaître parfaitement pour rester soi-même, pour mener sa propre vie et pour éviter les pièges de l’envie.

Montaigne a mis à son service ses forces mais aussi ses faiblesses pour se forger un destin et atteindre son but. Il a travaillé patiemment mais aussi ardemment aux moyens de se sentir en harmonie avec lui-même et avec les autres.

 

Quelle cruelle désillusion pour Stefan Zweig qui pour sa part, résume sa vie à une interminable errance sans avoir pu, ne fût-ce qu’un instant, vivre une partie de ses rêves.  

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 02:33

La derniere journee de s zIl faut objectivement s’incliner devant l’ouvrage de Laurent Seksik qui outre le fait de recevoir un excellent  accueil des lecteurs, nous offre une vraie analyse des derniers moments de Stefan Zweig jusqu’à l’ultime instant de sa lente agonie. 

 

Nous en avions besoin car justement un terrible paradoxe a accompagné Stefan Zweig au bout du chemin de sa vie.

Dans son livre « Brésil, Terre d’asile », Zweig nous racontait déjà à quel point il aimait et se sentait bien dans ce pays avec ses couleurs, ses reliefs, ses senteurs, l’incomparable hospitalité et la douceur de vivre des brésiliens bien à l’abri du tumulte angoissant des capitales européennes.

Il revient en 1941 dans ce havre de paix, avec une multitude de projets et de travaux en cours. Qui aurait pu imaginer l’issue fatale qui l’attendait une année plus tard  ?

 

Zweig nous confiait dans « le monde d’hier » qu’il ne vivait qu’avec son corps de paria en Angleterre et plus du tout avec son âme qui était devenue que douleur.

 

Ce paradoxe n’a pas échappé à ses contemporains comme Thomas Mann, le Nobel de littérature de 1929, qui après l’annonce du décès, s’est lancé dans d’obscures conjectures, mettant le suicide sur le compte de ténébreuses affaires liées à des femmes !!!

 

 Et c’est justement le mérite de Laurent Seksik de rétablir les faits historiques et d’analyser avec ses qualités de Médecin et d’écrivain qui se conjuguent  habilement dans ce livre, l’émouvant et pathétique naufrage psychologique de Stefan Zweig, qui n’a pu se défaire de ses habits de misérable, de naufragé, d’exclu à jamais de son monde.

 

Toutefois, ce texte est à rapprocher de celui de Dominique Bona, la talentueuse biographe  - entre autres.

Ce court essai s’intitule «La dernière journée de Stefan Zweig » ?!!

Un titre curieusement très proche, trop proche peut être ?

Il a été publié aux éditions « le grand livre du mois » en 1999,  dans la collection: Les Trésors De La Littérature. Je serai très intéressé d’avoir l’avis d’un heureux possesseur de cet ouvrage car une mise en perspective historique des faits entre ces deux ouvrages peut s'avérer pertinente.

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 23:00


Adam-Lux.jpg

C’est celui d’une pièce de théâtre de Stefan Zweig. Sans doute l’une des moins connues et pour cause : inachevée, et traduite en Français seulement en 1990. C’est dire si elle a intéressé beaucoup d’éditeurs. En proposant la toute dernière version de 1928, « les Publications de l’université de Rouen » nous donnent la possibilité de découvrir un homme simple au destin surprenant. Etonnant de retrouver la description de ce  « presque inconnu » sous la plume de Zweig. Un homme qui somme toute, a laissé un maigre héritage à la postérité et une pauvre contribution à l’histoire.

Adam Lux est donc le nom de la pièce mais aussi celui d'un Rhénanien. Un nom introuvable dans les dictionnaires de noms propres. Juste quelques lignes dans Wikipédia.

Pour l’œuvre, Stefan Zweig utilise un procédé qu’on retrouve dans certaines pièces de son ami Arthur Schnitzler -dont la célèbre et scandaleuse « la Ronde »-. Dix tableaux, de brèves esquisses, laissant de larges espaces pour la compréhension et le ressenti. Les fragments ne se perdent pas dans le pathos et leur agrégation se fait aisément pour le lecteur.

Mais pour revenir à notre Adam Lux, comment un docteur en philosophie de l’université de Mayence, fervent partisan de Rousseau, du retour à la nature, du travail sain de la terre, va se retrouver sous le couperet de la guillotine à Paris ?

La pièce de théatre va nous apprendre ,ou plutôt nous suggérer une partie de la vie d’Adam, et les indispensables contributions d'internet (sites allemands) complèteront sa biographie. Celui-ci est un idéaliste qui va prendre faits et causes pour la révolution Française, et pour évangile le projet de constitution de Condorcet.

Cette révolution est sa révolution, c’est une évidence qui s’impose à lui. Il va -  rien de moins - avec par quelques amis allemands, proposer à Robespierre l’annexion de la Rhénanie par la France.

Malheureusement, Adam mettra du temps à comprendre qu’entre les droits de l’homme et la terreur sanguinaire il n’y a qu’un pas, qu’un instant furtif.

Anarchie, fraternité, tyrannie, sagesse des lois, rigueur des institutions s’accouplent dans un désordre orgiaque, sans se soucier le moins du monde des comptes à rendre à l’histoire.

 

Bien que salué par Robespierre comme un valeureux patriote Allemand, le citoyen de Mayence, trop faiblement armé par ses idéaux, se retrouve sidéré à l’occasion de la convention Girondine par les propos haineux de Marat. Il est frappé d’épouvante.

Désabusé, dépouillé de ses nobles aspirations, il va choisir le mauvais camp.

 

La révolution se fait à une vitesse supersonique. Pas le temps de fraterniser avec les Girondins que les Montagnards prennent le pouvoir tandis que les Jacobins tirent les ficelles. Sursaut des royalistes encouragés par les déclarations de guerre contre la France affaiblie, révolte des Vendéens, mise en place des comités de salut public, de sûreté nationale, rajoutez la Convention incontournable bien que ne détenant pas le vrai pouvoir, et tout cela, en même pas une année !!

On imagine bien notre pauvre Adam Lux au milieu de cette tourmente, pas du tout au fait du jeu subtil de la politique et de ses alliances contre-nature. Adam se réfugie trop tard chez les Girondins, déjà en disgrâce et surtout il défend Charlotte Corday qui a eu le courage de mettre un terme à la vie de Marat, le « boucher de la révolution ».

Adam Lux sera guillotiné quelques mois seulement après son arrivée à Paris.

 

Fin de l’histoire ? Bien sûr que non, sinon Stefan Zweig ne se serait pas emparé de ce singulier personnage.

 

Johann Paul Friedrich Richter, écrivain populaire et humoriste, qui côtoie Goethe et Schiller, a déclaré : "Aucun Allemand ne doit oublier Adam Lux!!"

Mais c’est surtout l’immense Johann Wolfgang von Goethe qui le mettra à l’honneur en basant la composition de son poème épique « Hermann und Dorothea » en 1798, sur la vie et  le courage d’Adam Lux.

 

Une fois de plus, Stefan Zweig nous émerveille par son érudition et par la pertinence du choix de ses personnages.

 

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 22:43

Il me semble intéressant de publier le commentaire d'Anne Lelong-Trollier, passionnée de Stefan Zweig et fidèle lectrice de ce blog. Mais au-delà de son assiduité, c'est son esprit vif, analytique et clairvoyant que je souhaite mettre en avant.    

Voici ce qu'elle écrit:
"L’âme de Stephan Zweig est dotée d’une intuition phénoménale, d’une réelle vivacité, lui donnant cette incroyable possibilité de sonder les âmes humaines.  Son esprit est d’une telle rigueur qu’il lui confère une réelle maîtrise de l’expression. Ce talent, nous emmène vers des aventures intérieures d’une grande intimité. Pour Zweig, la vérité est dans 'l’instant perçu'. La vérité est là dans le mouvement, dans ce qui est vécu. Peu importe, si l’instant d’après, la vérité est autre, elle Est, tel est son pouvoir, montrer, révéler, dénoncer, accueillir, parfois laisser en suspens, pour que finalement, la vérité se révèle d'elle même.

 

Lors de la rédaction de son courrier à Freud, quelle était sa conviction ?  De vivre pour voir « les criminels descendrent aux enfers », ou bien la conviction absolue que les criminels allaient connaître l’enfer et que son souhait le plus profond était de vivre l’apogée de ce moment ?

 

Mais Zweig, n’est jamais là où on l’attend, car rien ne l’attache, si ce n’est l’amour et la recherche de la liberté de l’âme. Au moment fatidique, sa conviction est autre, ne détruisant en aucun cas la première, qui est que les criminels vivront l’enfer et que lui veut vivre ce moment. Mais le moment est autre, telle est son âme avide de vivre l’expérience…Qui ne s’est pas levé pour vivre, ne peut s’asseoir pour écrire (Thoreau). L’amour et la liberté l’appellent, c’est une conviction plus absolue, plus totale, plus définitive.  Freud avait perçu que l’âme de Stephan Zweig ne pouvait être enchaînée quelque soit sa conviction car tel était son destin.  Il a choisi le chemin de l’amour au détriment d’un voyeurisme mortifère.

Anne Lelong-Trollier"

 

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 16:04

Les éloges sur l’œuvre de Stefan Zweig sont bien sûr  innombrables. Mais les appréciations de Sigmund Freud, pourtant très souvent critique à l’égard de l’écrivain, atteignent des sommets !

Ainsi peut-on lire dans une lettre que Freud lui adresse :

« La perfection de l’intuition associée à la maîtrise de l’expression laisse le sentiment d’une rare satisfaction. Ce qui m’a surtout intéressé, ce sont les procédés d’accumulation et d’intensification grâce auxquels votre phrase s’approche toujours plus près et comme à tâtons, de l’être le plus intime de ce que vous décrivez.  C’est comme l’accumulation des symboles dans le rêve, qui laisse transparaître de plus en plus nettement ce qui est voilé. »

Ou encore : « Il faudra que je vous dise un jour combien vous réussissez à obtenir, avec la langue, quelque chose qu’à ma connaissance personne d’autre ne réalise. Vous savez rapprocher de si près l’expression de l’objet que les plus fins détails de celui-ci devienne perceptible, et que l’on croit saisir des relations et des qualités qui jusqu’à présent n’avaient jamais été exprimées par le langage. »

Et enfin : « Cette démonstration se fait avec tant d’art, de franchise, d’amour du vrai et de sincérité, elle est si libre de tout mensonge et de toute sentimentalité propre à notre époque, que je reconnais volontiers de rien pouvoir m’imaginer de plus réussi !! »

 

Une autre chose m’a frappé en lisant leurs correspondances publiées aux éditions Rivages, nulle part Stefan Zweig, pourtant décrit par tous comme si désoeuvré, si dépressif, si désabusé dans les années 1930-1939, ne fait mention de ses états d’âmes. Pas la moindre allusion, ni le moindre indice. Plus encore, dans un courrier envoyé à Freud en 1939, très peu de temps en somme avant le dénouement tragique, Zweig écrit : « Il nous faut rester fermes maintenant – ce serait absurde de mourir sans avoir vu d’abord la descente aux enfers des criminels. »

Est-ce là le testament d’un moribond?  C’est incompréhensible !

On ne peut malheureusement émettre que des conjectures sur  les lettres ‘compromettantes’ qui auraient été perdues ou préalablement enlevées par les héritiers - son ex-épouse Maria Friderike et une nièce de sa femme Lotte Altmann  (Zweig n’ayant pas eu d’enfants). Car on a du mal à imaginer comment Freud avec son esprit redoutablement aiguisé et perçant, n’aurait pas découvert cette face cachée.   
  

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