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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 15:49
Stefan Zweig et Cicéron, des oeuvres pour héritage.

L’écrivain autrichien, dans ses « Très riches heures de l’humanité », dévoile dans une fresque miniature, quelques aspects du portrait du grand rhétoricien.

 

Mais pour ceux qui pensent que le personnage choisi est un miroir du biographe, on peut noter malgré tout, quelques dissemblances. L’un est trop démocrate, trop européen, trop libéral dans une Vienne en fusion par l’émergence des nationalistes, alors que l’autre est un orateur trop républicain, trop noble et trop intègre pour être encore un politicien digne de ce nom dans une Rome usée, livrée à toutes sortes d’intrigues et à la guerre civile.

 

Mais au-delà de ces différences de circonstance, tous deux ont assisté impuissants, à la ruine des valeurs démocratiques et à l’émergence d’un système totalitaire sanguinaire. Tous deux ont vu des fous, ivres d’hégémonie et de domination, prendre le pouvoir, répandre la terreur et mener le monde à la ruine et les peuples à la destruction. Stefan Zweig qui a consacré sa vie à un idéal intellectuel, cosmopolite instruit du monde et instruisant le monde, a magistralement miniaturisé ‘ces figurines historiques’ actrices sur la grande scène de l’Histoire.

Dans le même esprit que Cicéron, Zweig est plongé dans un éternel et irréel rêve de paix, grâce à la compréhension des autres et à la conciliation auxquelles le porte sa nature profonde.

 

Malheureusement, le pouvoir de la parole a échoué face aux événements. Comme Cicéron, Stefan Zweig ne connaîtra jamais cette république idéale. Ces esprits, apôtres des libertés et de la morale, se sont un temps évaporés. La tragédie de ces hommes d’esprit, de ces penseurs de renom, est leur incapacité à s’investir dans l’action le moment venu.

 

Toutefois, dans l'histoire, il se produit parfois des évènements d’une dimension tragique telle, qu’il est vital de trouver un refuge pour nos âmes. Et que nous reste-t-il, sinon l’immanence des nobles esprits, drapeaux de la liberté, qu’on retrouve dans leurs livres, pour nourrir nos espoirs et nous instruire des développements ultérieurs du monde.

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 15:13

Stefan Zweig appartient à cette race d'hommes intègres, dévoué à l’art et à la paix, comme en font foi ses correspondances avec tout ce que son époque compte d’humanistes de premier plan. Il mûrit, s’imprègne de la haute société européenne cosmopolite et prend petit à petit ses distances avec l’atmosphère bourgeoise autrichienne.

 

Avec sa prodigieuse érudition, l’écrivain viennois offre au grand public une belle substance, mélange de science et d’histoire et en quelque sorte, libère ce qui était resté la propriété d’un cénacle d'érudits.

 

Avec clarté, précision et méthode irréprochables dans la documentation, il fait de ses biographies un plaisir ininterrompu. Il démêle et résout  avec dextérité les énigmes des personnalités parfois sombres et souvent mystérieuses, que nous les profanes, avions abandonnés dans des tiroirs hermétiques.

 

Il rédige des biographies sur Balzac, Montaigne, Romain-Rolland,  Joseph Fouché,  Marie-Antoinette, Marie Stuart, Erasme de Rotterdam, Sébastien Castellion, Marceline Desbordes-Valmore, Magellan, Emile Verhaeren.

 

Il publie des essais et des biographies historiques sur Casanova, Tolstoï et Stendhal, sur Mesmer, Mary Baker-Eddy et Sigmund Freud, sur Hölderlin, Kleist et Nietzsche, sur Dostoïevski et Dickens, Amerigo Vespucci.

 

Il écrit des miniatures historiques sur Vasco Núñez de Balboa, Cicéron, Haendel. 

 

Ces ouvrages ne sont pas le produit d’un historien froid qui analyse des faits pour leur donner un sens, mais d’un auteur raffiné, à la sensibilité exacerbée, qui, par la finesse des détails et la subtilité des descriptions psychologiques, révèle autant qu’il se révèle.

 

Stefan-lotte-Zweig.jpg

 

Stefan Zweig a produit une œuvre aussi abondante qu’éducative, qui, à l’instar de celle des plus grands, résiste remarquablement à l’épreuve du temps.

 

Guy Gabriel Ouazana              

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 18:11

Un des multiples talents de Stefan Zweig était celui de poète. Cette aptitude remarquable au lyrisme a marqué le tout début de sa carrière d’écrivain.

Fréquentant très tôt le prodige Hugo Von-Hofmannsthal et le talentueux Rainer-Maria Rilke, il étudia Goethe qu’il considéra comme le maitre absolu. Zweig n’hésita pas à qualifier les vers de « l'Elégie de Marienbad » comme les versets les plus purs sur le sentiment de dévotion et d'amour jamais écrits en langue allemande.

 

En revanche, même si le néo-romantisme lui allait bien et réhabilitait cette aspiration d'un l’idéal qui lui était cher, Zweig avait le noble sentiment de faire davantage œuvre utile en traduisant ceux qu’il considérait infiniment plus grands et plus fertiles que lui.

 

Ainsi, au terme d’un travail acharné, les lecteurs de langue allemande ont pu découvrir avec bonheur le grand poète Belge Émile Verhaeren.  Zweig paracheva de belle façon cette période en traduisant Baudelaire et Rimbaud.

 

Poèmes publiés et traductions: *

 

Boutons de rose (Rosenknospen) Deutsche Dichtung - Berlin 1898

 

Recueil de poèmes - revue naturaliste Die Gesellschaft - Vienne - 1900

 

Anthologie des meilleurs poèmes, Monographie sur Verlaine

                                                                                Journal Dichtung - 1902

 

Baudelaire avec camill Hoffmann  (Gedichte in Vers und Prosa)

                                          Münchner Allgemeine Zeitung - Leipzig – 1902

 

La nuit des grâces  - suite de 10 sonnets - 1902

 

Poèmes choisis d'Emile Verhaeren  (Ausgewählte Gedichte) Berlin - 1904

 

Les Guirlandes précoces ou Couronnes Précoces ou les Jeunes Couronnes

                                                                   (Die frühen Kränz) -  Leipzig - 1906

 

 (Hymnen un Leben Das) Deutsche Nachdichtung Von Stefan Zweig

                                                                                 Poems Emile Verhaeren 1912

 

 (Die gesammelten Gedichte) Collected Poems - Leipzig & Londres1924

 

* Comment lire la bibliographie: Titre en gras pour les parutions françaises, entre parenthèses le titre original, le support de publication,  le lieu et la date de la première publication. 

  

Poèmes

 

Stefan Zweig - Bruges

La paix du soir descend sur la ville tranquille,
Sur les canaux le sang rouge du soleil coule,
Et un désir ardent, sans but, inexprimable,
Commence alors à parler des grises tours.

Profondes, merveilleuses, les vieilles cloches chantent
Les jours où leur cri de joie émouvait tout le pays,
Et où la magnificence et la vie étaient dans les rues claires
Et où le cœur du port brûlait joyeux comme un flambeau,

Les jours riches, splendides, depuis longtemps éteints,
Et telles choses qui depuis lors sont restées
Dans le lointain comme de doux rêves d’enfant.
Le dernier ave se tait… Et son chant meurt lentement
Et frémit en accords doucement sanglotants.

Le vent du soir traîne encor doux les derniers sons,
Et triste l’écho erre dans les rues défuntes
Qui, toutes, sont silencieuses et craintives de douleur,
Tel un enfant aveugle qui abandonne soudain la main du guide.

Un couple de cygnes effleure l’eau calme.
Le flot léger chuchote et doucement vibre, frémissant
D’une belle femme qui jadis était Reine
Et dont la tristesse solitaire a pris le deuil des nonnes…

 

Stefan Zweig - Île tranquille

J’entends, par-dessus les campagnes,
Planer les cloches du pays
Et déjà je ne peux plus voir
Les contours des tours rondes.

La nuit, la mer, deux rubans bleus
Qu’ornemente l’or des étoiles,
Ont roulé dans leurs plis
Les bords de l’île.
Tout s’éloigne,
Tout se coule dans le silence.
Près de ma bouche,
Muets, les vents se penchent.

Tout cela qui m’échappe,
Me parait éloigné et comme sans retour :
Les collines brunes, la mer flamboyante,
Les arbres qui bougent le long du port.
Les cloches qui sonnent par-dessus l’eau.
Et je suis déjà prêt,
Dans l’obscurité qui s’épanche menaçante,
À aller avec eux,
Seul dans le soir,
Avec ma solitude qui pèse.

Une timide mélodie
S’en vient des métairies
Entre les collines qui, dans le soir,
D’un léger pas pénètrent

Doucement oppressé, j’écoute
Comment dans les Ténèbres
Les enfants prient Dieu,
Pour dormir et rêver de doux rêves.

 

sz-poete.jpg

 

 

Hommage à Stefan Zweig (Erinnerungen)

Avec ton visage de porcelaine blanc et plein d’éclat,

Ton regard de poupée triste et tes yeux noirs, profonds et mats ;

Tu es un romantique, et  tu as vécu pour un idéal ,

Dans ton château de rêves, où l’arbre a poussé

Grâce à ta puissante sève, il a grandi dans ta lumière

A affronté des temps amers.

Tu es la branche portant les feuilles

Qui ont applaudi ton succès, et pleurent ton décès.

Tu as vécu et tu as ri, tu as pleuré et expiré

Et ton destin provoqué. Repose en paix, poète,

Avec celle qui t’a suivie dans tes méandres insondables

Si loin de ton pays, où tes pensées t’ont vu naître,

Où tu as fleuri et grandi dans les cœurs, et où te portent en terre tes amis.

 

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 08:33

presse 1

 

 

Richard Strauss et Stefan Zweig s'admiraient et se respectaient. C'est donc tout naturellement que Strauss demanda à Zweig l'écriture d'un livret pour son opéra  ‘la femme silencieuse’. Ce fut un immense succès, malheureusement arrêté prématurément par le régime nazi. Il leur était intolérable que le nom d'un juif soit toujours sur l'affiche malgré les sévères injonctions faites à Richard Strauss de se débarraser de son librettiste.

 

Georges Werler, le metteur en scène de la pièce « Collaboration » déclara :

"Il y a des auteurs qui sont fraternels tant leur œuvre vous est proche et vous parle au plus profond de votre être. Il y a des pièces dont la lecture vous bouleverse tant, qu'on ressent comme un besoin d'urgence à s'en emparer à les monter et à les offrir au public".
Quand Michel Bouquet, il y a un an, m'a donné le manuscrit de « Collaboration », il m'a dit avec cette inflexion malicieuse de sa voix que je connais bien « ça devrait t'intéresser » !

 

En effet, la lecture a été un coup de poing dans la poitrine d'une violence inouïe. C'est un phénomène si rare que j'en suis encore stupéfait. L'auteur raconte l'histoire de la création en 1935 de « La femme silencieuse », opéra d'humour et de légèreté, née de la rencontre de deux géants de la musique et de la littérature dans une Allemagne gangrenée par la lèpre hitlérienne. Tout cela remuait et faisait remonter en moi avec force tous les problèmes qui m'agitent et me troublent depuis toujours."

 

la-femme-silencieuse.jpg 

 

Ronald Harwood (l’auteur) affirme que c'est une histoire d'amour. Je l'entends bien. Les deux artistes éprouvaient l'un pour l'autre une amitié et une admiration sans faille. Mais c'est une histoire d'amour qui est accompagnée par le chant terrible des bottes sur le pavé et par la folie des hurlements nazis. Deux immenses artistes de notoriété internationale, adulés, fêtés, honneur de l'Allemagne pour le premier, de l'Autriche pour le second, et finalement massacrés par la haine et la bêtise. Tout est historiquement vrai dans « Collaboration », hors quelques détails dont le thème semble hanter l'œuvre entière de l'Auteur : la création dans un climat d'apocalypse. L'art et la politique, attirance et répulsion mêlées.»

Magistrales interprétations de Richard Strauss par Michel Aumont et de Stefan Zweig par Didier Sandre.

 

presse 2    se de la pièce de théâtre :  

Années 1930. On est en Bavière, dans la villa de Richard Strauss. Le maître est désemparé, son librettiste favori, Hugo Von Hofmannsthal, vient de mourir. Sans grand espoir, il va proposer une collaboration à Stefan Zweig, qu'il admire profondément. Vont naître une amitié et une complicité artistique sans faille dont le premier fruit sera l'opéra « La Femme silencieuse », créé à Dresde en 1935. Mais cette promesse va être anéantie par la montée en puissance du nazisme. Zweig est juif. L'opéra est retiré de l'affiche. Strauss proteste, résiste, finalement se soumet au terme d'un chantage que lui fait Goebbels.  

Strauss n'est pas antisémite mais proche du régime nazi et il écrit à son ami que par sens du devoir artistique on peut empêcher de plus grands maux.

Zweig aura ce mot à propos de Strauss : «Il vit dans un château de rêves.» On connaît la fin. Après des années d'errance, Zweig se suicidera et Strauss sera absous en 1948 par la commission de dénazification.

      

Guy Gabriel Ouazana

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 12:56

La toute première représentation d'une pièce de Stefan Zweig au théâtre fut « Jérémie » en 1917.

 
Le premier film date de 1929, il a pour titre «Narkose». Ce film allemand est une adaptation de «Lettre d’une inconnue».  

 

Les nouvelles de Stefan Zweig qui ont été le plus adaptées au cinéma et au théâtre, sont  sans doute «Vingt-quatre heures de la vie d’une femme» et «Lettre d’une inconnue».

 

Voici ci-dessous une liste des affiches que j'ai pu trouver sur les adaptation des œuvres de Stefan Zweig.

 

 

                                  24 HEURES DANS LA VIE D'UNE FEMME

 
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                                       LETTRE D'UNE INCONNUE 

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                                    BRÛLANT SECRET ET AMOK 

film-brulant-et-amok.jpg      

En Mars 1933, est réalisé «Brennendes Geheimnis - Brûlant Secret».  


Les films adaptés du roman « La peur » ont bénéficié d’une belle distribution. En France en 1934 avec Charles Vanel et Gaby Morlay, puis en Italie réalisé par le grand Roberto Rossellini en 1954 avec Ingrid Bergman.

 

 

 

                                             VOLPONE

film-volpone.jpg

La pièce de théâtre «Volpone», a été aussi jouée d’innombrables fois, et aussi adaptée au cinéma. Louis Jouvet a ouvert la distribution puis Francis Huster, Gérard Depardieu, Gérard Jugnot, Francis Perrin et d’autres lui ont emboîté le pas. 

 

 

 

                                 LE JOUEUR D'ECHECS

 

film-joueur-dechecs.jpg

Récemment, on pouvait encore aller au théâtre pour voir « Le joueur d’échecs » à la comédie St Martin et « 24heures dans la vie d’une femme » à l'espace Marais.

 

 

 

                                          MARIE-ANTOINETTE

 

film-Marie-antoinette.jpg

 

Ainsi, Stefan Zweig, le jeune dandy, à qui certaines élites viennoises prédisaient un avenir médiocre, avec ses petites histoires publiées dans les journaux locaux, a largement pris sa revanche de son vivant.

             Depuis,…..il ne cesse de la savourer !

 

 

 


                                     LA PITIE DANGEREUSE 

 

film le pitie dangereuse

 

 

 

"La littérature n'est pas la vie, elle n'est qu'un moyen d'exaltation de la vie, un moyen d'en saisir le drame de façon plus claire et plus intelligible". Stephan Zweig

 

 

Autres adaptations à l'écran

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 14:08

Ne vous précipitez pas sur vos calculatrices si sur vos encyclopédies, 2013 sera l’année de Stefan Zweig mais pas à cause d'un quelconque anniversaire. Il est né en 1881 et mort en 1942.

Si nous avons cette obsession en toute circonstance de fêter les décades, les jubilés, les centenaires  d'un évènement,  cette fois-ci, le compte juste n’y est pas.

Alors pourquoi 2013 ?

 

En France, on met 70 années pour ressusciter un écrivain et pour exhumer ses œuvres. Autrement dit, la loi sur la propriété intellectuelle * nous offre un cadeau inestimable ; Stefan Zweig dans le domaine public.

Quelques « happy few » ont engrangé depuis presque un siècle de substantiels bénéfices avec Zweig, au premier rang desquels on retrouve l’incontournable éditeur historique ‘Fisher Verlag GMBH’ de Francfort en Allemagne.

Alors depuis un mois c’est la fête. Des contenus numériques  gratuits fleurissent un peu partout.

Et les éditeurs ‘papier’ ne sont pas en reste. On n’a jamais vu autant de rééditions, et les listes de livres ‘à paraître’, sous des formes plus ou moins originales, s’allongent de jour en jour. Il se murmure même que chez Gallimard, on prépare son entrée au panthéon des auteurs dans la prestigieuse édition « La Pléiade ».

 

Et c’est là que certaines dérivent peuvent intervenir car pour les éditeurs, la tentation de jouer sur l’effet nouveauté est grande. Le lecteur doit être mis en garde notamment sur les mentions « nouvelles traductions » entraînant parfois un changement de titre du roman et même de la confusion (c’est le cas de le dire).

Verwirrung traduit en Français donne « confusion », mais aujourd’hui, il donne « désarroi » ce qui n’est pas tout à fait la même chose puisqu’on rajoute une détresse morale au trouble des idées. Bon, je chipote un peu ! 

 la-confusion-copie-1.jpg

 

Cet exemple mis à part, quelles que soient les qualités et les compétences des nouveaux traducteurs, si la volonté de l’éditeur est d’adapter les livres aux critères d’aujourd’hui, il est facile de comprendre que l’ouvrage ne sera pas conçu comme les précédents avec une dimension intemporelle et universelle.

Stefan Zweig  s’était attaché les services du génial traducteur Alzir Hella, qui devint son agent littéraire et son ami. Dans leurs correspondances, on peut lire que Zweig qui parle un Français très correct, s’implique totalement dans la transcription, se soucie du détail, et on peut mesurer l’immense difficulté d’un traducteur de restituer au mieux l’esprit de l’écrivain tout en restant fidèle au récit.

Sans aucun doute, cette collaboration intime, (à laquelle à participé dans une moindre mesure Olivier Bournac), a largement contribué au phénoménal succès des livres de Zweig auprès des lecteurs francophones.  Performance soutenue par les nombreuses adaptations à l’écran et surtout au théâtre (un prochain article sur ce blog traitera de ce sujet).

 

Dominique Bona dans sa biographie sur Stefan Zweig résume parfaitement ce travail : « Alzir Hella a su rendre la fluidité des textes au point de faire oublier au lecteur Français qu’il ne lisait pas Zweig dans sa langue originale, l’Allemand ».

 

De fait, cette proximité avec l’auteur n’est plus possible aujourd’hui. Alors souhaitons que les traducteurs de talent comme Jean-Pierre Lefebvre (dont on ne peut pas résumer la brillante carrière littéraire à la simple traduction) pour Gallimard,  Pierre Deshusses pour Robert Laffont et Diane Meur pour Garnier-Flammarion, puissent s’inscrire dans une certaine continuité tout en apportant un nouveau souffle. Le défi est de taille !

 

 

* Code de la propriété intellectuelle – Article 123-1 et suivants :

La durée de la propriété intellectuelle des ayants droit d’un auteur de livres se calcule à partir de la fin de l’année civile de son décès. Elle est passée en France de 50 à 70 ans.

Les œuvres posthumes (il doit s’agir d’ouvrages complets inédits et pas simplement d’éditions enrichies), sont soumises à la même législation sauf si elles sont divulguées à l’issue de cette période, auquel cas, une période d'attente supplémentaire de 25 ans est accordée aux héritiers. 

C'est le texte original qui tombe dans le domaine public et non les traductions ou les annotations.

Enfin, pour les écrivains « morts pour la France, un temps légal de 25 années supplémentaires est rajouté portant le total à 95 années. Ainsi, l'œuvre d'Apollinaire, mort en 1918, tombe dans le domaine public en 2013.

 

Guy Gabriel Ouazana

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 20:10

C'était le temps où Emile Verhaeren écrivait des poèmes sur la fraternité humaine, où le génial Bertrand Russel ironisait sur la guerre « War does not determine who is right, only who is left », où Jules Romains publiait « Les hommes de bonne volonté ». Une fresque romanesque de 27 volumes, une œuvre presque démesurée comme un indispensable et long remède au terrible mal endémique de l'époque.

 

 

De son coté, Romain Roland louait la communion entre les hommes et le pacifisme international. Gandhi, plus pragmatique, faisait de la non-violence une de ses doctrines majeures pour combattre l’autorité et l'oppression.

Et pendant que Saint-Exupéry développait dans « Terre des hommes » ses idéaux, même aux confins du Sahara, il se trouva une voix, celle de Théodore Monod, pour dénoncer avec force le racisme, le fascisme, l’excitation sauvage des nationalistes.

 

 

Stefan Zweig n’est pas en reste. Son humanisme qui repose en partie sur l'observation des nécessités historiques le pousse à sillonner le monde, à donner des conférences, à tenter de mobiliser une partie de l’élite intellectuelle.  Du reste, gavé de morale et d’éthique, il ne s’est jamais départi de son idéal d’une Europe pacifiée et fraternelle (voir son discours de Florence en 1932 « Une communauté passionnée »).

 

Nous avons là une petite représentation de la génération des pacifistes convaincus. Des femmes et des hommes, pleinement conscients de leurs devoirs, dont les illusions ne veulent pas mourir. Et qui, tout en voyant le monde vaciller et les ténèbres approcher, font face avec vigueur et ténacité.  

  

Que ce soit dans l'ordre politique ou social, économique ou spirituel, leurs idées sortent du cadre étroit de l’intérêt individuel et se rangent parmi celles qui influencent directement la destinée européenne.

Ils travaillent au rapprochement des peuples, à imaginer les liens qui les uniront étroitement.

 

En pleine tourmente, Stefan Zweig se donnait à ce rêve, à cette réalité de demain. Il affirmait avec raison que la dilution de la responsabilité collective à l’échelle du continent (en stigmatisant un pays, en opposant les classes sociales), retarderait inéluctablement l’émergence d’une Europe politique viable et responsable. 

 

Aujourd’hui, il subsiste encore quelques camps retranchés, et beaucoup de méfiance, éloignant la perspective d’une paix durable. Ce libéralisme porté à bout de bras depuis tant d’années par les pères de cet enfant si turbulent, reste beau et grand.  Et, conserver ce printemps d'illusions, finira bien par faire triompher un jour ou l’autre les Etats-Unis d’Europe *.

 

N’oublions jamais que de la somme des âmes personnelles naît une conscientisation, une force et une volonté collectives. La priorité est donc de les unifier.

Les bonnes actions et les idées productives sont des substances qui nourrissent et densifient les liens de toutes les individualités pour ne former qu’un ensemble avec :

- Des vertus au service de la collectivité.

- Des consciences au service de l’humanité.

- Une exaltation de toutes les énergies positives et créatrices.   

                  

                                                     Premier conseil de l'Europe

 

conseil-de-l-europe.jpg

 

* 1946, Winston Churchill se prononce pour la création des Etats-Unis d’Europe.

   1949, le conseil de l’Europe est crée, le siège sera à Strasbourg

 

Guy Gabriel Ouazana

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 06:29

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Le 22 Septembre 2012, à l'Université de Salford à Manchester (U.K.) de nombreux privilégiés assistèrent à la représentation d’un opéra original, célébrant de manière éblouissante la vie d’un célèbre auteur européen du 20ème siècle.
Comptant parmi les auteurs les plus traduits au monde, Stefan Zweig a été contraint de quitter l'Autriche en 1934, peu de temps après l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne.

Dans toute son œuvre, on ne trouve aucune apologie du peuple juif ou de sa religion. C’est tout juste si le sujet est sobrement effleuré. Malgré tout, les livres de Zweig subiront l’autodafé des nazis en Allemagne et en Autriche. 

L’écrivain, profondément meurtri, s'installa finalement au Brésil en 1940 après avoir brièvement transité par l’Angleterre et  les Etats-Unis.

 

En 1821, le poète Allemand Heinrich Heine écrivait déjà cette impitoyable et cruelle prophétie  « Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. » !

 

« Stefan and Lotte in Paradise » a été composé pour la partie musicale par le Dr Alan Williams et le Dr Marcos Lucas. Cet opéra relate les derniers mois de la vie de l’écrivain Stefan Zweig et sa seconde femme Lotte Altmann.


Le livret, écrit par le génial autodidacte Philip Goulding, aborde les grands thèmes de la persécution, de l’errance et de l’exil. La musique très éclectique s’inspire de Mozart, Schubert, Brahms, Klezmer, des mélodies judéo-orientales et des rythmes du Brésil.

 

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La genèse de ce projet remonte à mai 2010, alors que Marcos Lucas rend visite à Alan Williams à l'université de Salford. L'histoire de Stefan Zweig était déjà bien connue de Lucas dont la femme était originaire de Petrópolis, où Zweig a passé les 9 derniers mois de sa vie rue Dias Gonçalves.
Leur ambition était d’organiser la première représentation de l'opéra en Septembre 2012 à Salford, à l’occasion du 70e anniversaire de la mort de Stefan Zweig.

 

L’opéra se termine ainsi : Stefan et Lotte sont confiants dans leur décision de « quitter la scène, calmement, et avec dignité».
Ils portent un dernier toast et concluent : ‘plus de mot, plus d’espoir, plus de lumière, ils ont fui, vaincus, vers le ciel sombre’.

 

* Dr Marcos Lucas est compositeur et professeur Adjunto à l'Universidade Federal do Estado do Rio de Janeiro.

Dr Alan Edward Williams est compositeur et maître de conférences à l'Université de Salford.

Ces deux professeurs se sont connus lorsqu'ils étaient doctorants à l'Université de Manchester entre 1995 et 1999.

 

Guy Gabriel Ouazana

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 22:45

 

Il est bien difficile de définir ce livre de Stefan Zweig. Ce n'est pas tout à fait une biographie. On n'y trouve même pas le prénom et la date de naissance de Hölderlin. Mais est-il vraiment indispensable qu'un livre soit préalablement défini classé et étiqueté d'après les catégories littéraires établies par les éditeurs? Sans doute, mais il y a des œuvres qui ne se prêtent à aucun classement et échappent aux règles traditionnelles.

 

Dans cet ouvrage, on retrouve le souci pédagogique de Stefan Zweig qui dans sa préface, explique au lecteur le choix de Goethe comme référent, pour sa patience et sa méthode ainsi que pour la lente accumulation des bienfaits de son génie. Enfin pour son calme, sa stabilité mentale et sa capacité à se situer objectivement dans le monde.

 

L’auteur Viennois s’inspire de Plutarque – l’ancêtre de la biographie historique – qui comparait parfois plusieurs personnages en considérant que cette méthode enrichissait le récit.

 

On peut considérer que cette mise en perspective de diverses personnalités permet d’aller plus loin dans l’analyse et fournit une compréhension plus fine des aspects psychologiques.  

                                             le-combat-avec-le-d-copie-1.jpg

Ainsi Zweig explore les personnalités avec minutie et dextérité. L’analyse est clinique, chirurgicale, bien servie par sa fascination pour Hölderlin, Kleist et Nietzsche.   

De plus,  des subtils filtrages et tamisages ont permis à Zweig de recueillir une matière artistique épurée et authentique.

 

Stefan Zweig adopte une posture de conteur et offre dans cet ouvrage singulier et épique, la poignante tragédie que fut la vie du malheureux poète allemand Hölderlin. Zweig le place sur le même rang que Shelley et Byron alors qu’il est encore tout à fait inconnu.  Ses œuvres sont restées enfouies dans les bibliothèques, portant un numéro de fascicule avec l'abréviation ‘Mept’ pour manuscrits.

 

Zweig indigné écrit : « Et là, les manuscrits moisissent dans l'ombre, car les professeurs de littérature, ces indolents administrateurs de l'héritage du génie, les feuillettent à peine une fois en un demi-siècle. Ils sont tenus pour illisibles, comme l'expression du délire, comme la manie d'un monomane, comme une curiosité, qui, pendant de longues décennies, n'inspirent à personne l'envie de s'empoussiérer les doigts au contact de ces pandectes délaissées. »

 

La vie de ce poète fut épouvantable. C’est un long et atroce calvaire qui le mène dans un abîme et provoque son aliénation mentale. Et pendant prés de quarante ans, Hölderlin qui a perdu la raison, a conservé intact son génie poétique et continue d'écrire des chefs d'œuvre.

 

Ainsi écrit Zweig, Hölderlin est peut-être le seul cas clinique où le génie poétique subsiste après le déclin de la raison et où une œuvre absolument parfaite prend naissance du néant !

 

Guy Gabriel Ouazana  

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 19:42

Le problème est que pour nous êtres humains, il n’y a pas d’état statique. Nous sommes toujours en mouvement comme l’est la terre, les espèces animales, végétales et minérales.

Ça revient à dire que quelque soit le chemin sur lequel nous sommes engagés, nous avons commencé à donner un sens à notre vie ou une direction si vous préférez (pour peu que nous soyons libres et que d’autres ne l’aient pas fait pour nous). 

 

Celui qui fait des mauvais choix sait qu’ils sont la conséquence du sens qu’il a voulu donner à sa vie et les prétendues rédemptions de dernière minute n’y changent rien.

 

Jean-Jacques Rousseau disait : « essayons de quitter ce monde un peu plus meilleurs que nous étions quand nous y sommes arrivés. »

Abandonnons le terme ‘sens’ et remplaçons-le par ‘action’ car c’est la somme des actions que nous accomplissons qui détermine in fine le sens de nos vies.

 

Hamletstrat

 

Une idée qui n’est pas fécondée est stérile. Une action qui n’a pas véritablement de but, n’a pas de raison d’être. Goethe disait que « seule la fertilité est vraie !» 

Harmonie et sérénité sont les heureuses issues de cet engagement.

Toutefois pour en arriver là, quelques étapes sont utiles pour éprouver une parfaite syntonie en soi et envers l’autre. 

 

- Il faut apprendre à cultiver ses cinq sens et les lier plus étroitement et plus intimement avec notre corps et notre esprit pour mieux s’identifier et se connaître. Ce travail accroit considérablement le discernement et il permet de se positionner presque idéalement par rapport à un évènement.

 

- Il est indispensable d’être relié à ses proches par des sentiments très forts.

Ceux qui ont la chance d’éprouver un véritable Amour, ont un avantage

considérable sur les autres. Cet avantage ne peut être compensé d’aucune manière. Il faut savoir lâcher prise, sortir du doute qui ronge et gangrène les hommes et ne plus s’effrayer d’aimer.

 

- Il est aussi nécessaire de privilégier ce qui peut être partagé.

C’est une dynamique positive propice à l’intégration et au dévouement.

Sachons faire face à nos devoirs et à nos responsabilités loyalement et généreusement et nous seront gagnés par l’enthousiasme et un savoureux goût de vivre.

 

- Enfin, soumettons-nous ! C’est surprenant, mais j’entends par là qu’il faut apprendre à être plus humble.

Comment peut-on devant la nature sublime, devant l’évanescence des êtres et des choses, être toujours habité d’orgueil et de préjugés ? 

 

Si on ignore sa petitesse face à l’immensité, tôt ou tard, nous serons seuls avec notre médiocrité et une conscience amère.

 

Guy Gabriel Ouazana

 

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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