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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 16:04

Les éloges sur l’œuvre de Stefan Zweig sont bien sûr  innombrables. Mais les appréciations de Sigmund Freud, pourtant très souvent critique à l’égard de l’écrivain, atteignent des sommets !

Ainsi peut-on lire dans une lettre que Freud lui adresse :

« La perfection de l’intuition associée à la maîtrise de l’expression laisse le sentiment d’une rare satisfaction. Ce qui m’a surtout intéressé, ce sont les procédés d’accumulation et d’intensification grâce auxquels votre phrase s’approche toujours plus près et comme à tâtons, de l’être le plus intime de ce que vous décrivez.  C’est comme l’accumulation des symboles dans le rêve, qui laisse transparaître de plus en plus nettement ce qui est voilé. »

Ou encore : « Il faudra que je vous dise un jour combien vous réussissez à obtenir, avec la langue, quelque chose qu’à ma connaissance personne d’autre ne réalise. Vous savez rapprocher de si près l’expression de l’objet que les plus fins détails de celui-ci devienne perceptible, et que l’on croit saisir des relations et des qualités qui jusqu’à présent n’avaient jamais été exprimées par le langage. »

Et enfin : « Cette démonstration se fait avec tant d’art, de franchise, d’amour du vrai et de sincérité, elle est si libre de tout mensonge et de toute sentimentalité propre à notre époque, que je reconnais volontiers de rien pouvoir m’imaginer de plus réussi !! »

 

Une autre chose m’a frappé en lisant leurs correspondances publiées aux éditions Rivages, nulle part Stefan Zweig, pourtant décrit par tous comme si désoeuvré, si dépressif, si désabusé dans les années 1930-1939, ne fait mention de ses états d’âmes. Pas la moindre allusion, ni le moindre indice. Plus encore, dans un courrier envoyé à Freud en 1939, très peu de temps en somme avant le dénouement tragique, Zweig écrit : « Il nous faut rester fermes maintenant – ce serait absurde de mourir sans avoir vu d’abord la descente aux enfers des criminels. »

Est-ce là le testament d’un moribond?  C’est incompréhensible !

On ne peut malheureusement émettre que des conjectures sur  les lettres ‘compromettantes’ qui auraient été perdues ou préalablement enlevées par les héritiers - son ex-épouse Maria Friderike et une nièce de sa femme Lotte Altmann  (Zweig n’ayant pas eu d’enfants). Car on a du mal à imaginer comment Freud avec son esprit redoutablement aiguisé et perçant, n’aurait pas découvert cette face cachée.   
  

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Published by Guy Gabriel Ouazana - dans littérature
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Ouazana 03/02/2010 01:44


Voir le commentaire de Mme Lelong-Trollier publié comme article ci-dessus.